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Marina Tsvétaïeva, poèmes

octobre 22, 2012


Ma journée est absurde non-sens
J’attends du pauvre une aumône,
Je donne au riche généreusement.

J’enfile dans l’aiguille un rayon,
Je confie ma clef au brigand
Et je farde mes joues de blanc.

Le pauvre ne me donne pas de pain,
Le riche ne prend pas mon argent,
Dans l’aiguille le rayon ne passe pas.

Il entre sans clef, le brigand,
Et la sotte pleure à seaux
Sur sa journée de non-sens.

29 juillet 1918 (traduction Véronique Lossky. Inédit) –
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Voici – de nouveau – une fenêtre
Où – de nouveau – on ne dort pas.
On y boit du vin – peut-être -,
On n’y fait rien – peut-être – ,
Ou alors, tout simplement,

Deux mains ne peuvent se séparer.
Il y a dans chaque maison,
Ami, une fenêtre pareille.

Le cri des séparations, des rencontres –
Toi, fenêtre dans la nuit !
Des centaines de bougies – peut-être – ,
Trois bougies – peut-être… –
Pas cela, et pas de repos
Pour mon esprit.
Et cela – cette chose même –
Dans ma maison.

Prie, mon ami, pour la maison sans sommeil,
Pour la fenêtre éclairée !

23 décembre 1916
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À AKHMATOVA

O muse des pleurs, la plus belle des muses !
Complice égarée de la nuit blanche où tu nais !
Tu fais passer sur la Russie ta sombre tourmente
Et ta plainte aiguë nous perce comme un trait.

Nous nous écartons en gémissant et ce Ah!
Par mille bouches te prête serment, Anna
Akhmatova ! Ton nom qui n’est qu’un long soupir
Tombe en cet immense abîme que rien ne nomme.

A fouler la terre que tu foules, à marcher
sous le même ciel, nous portons une couronne !
Et celui que tu blesses à mort dans ta course
Se couche immortel sur son lit de mort.

Ma ville résonne, les coupoles scintillent,
Un aveugle errant passe en louant le Sauveur…
Et moi je t’offre ma ville où les cloches sonnent,
Akhmatova, et je te donne aussi mon coeur.

Moscou, 19 juin 1916

Poème de Marina Tsvétaïeva traduit par Sophie Técoutoff in La Nouvelle Revue française, n° 268, avril 1975 et cité in Véronique Lossky, Marina Tsvéatéva, Seghers 1990, collection Poètes d’Aujourd’hui, p. 123.
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La lettre

On ne guette pas les lettres
Ainsi – mais la lettre.
Un lambeau de chiffon
Autour d’un ruban
De colle. Dedans – un mot.
Et le bonheur. – C’est tout.

On ne guette pas le bonheur
Ainsi – mais la fin :
Un salut militaire
Et le plomb dans le sein –
Trois balles. Les yeux sont rouges.
Que cela. – C’est tout.

Pour le bonheur – je suis vieille !
Le vent a chassé les couleurs !
Plus que le carré de la cour
Et le noir des fusils…

Pour le sommeil de mort
Personne n’est trop vieux.
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Postface

La mémoire a des effondrements,
Les yeux sont recouverts de sept taies…
Je ne te vois pas – séparément.
Un trou blanc – à la place des traits.

Sans indices. Trou, vaste pâleur
– Que toi, tout toi ! (L’âme n’est que plaies,
Pure plaie.) C’est l’œuvre des tailleurs
De marquer les détails à la craie.

Tout le ciel d’un seul tenant s’étale.
L’océan : des gouttes le remplissent ?
Sans indices. Tout entier – spécial –
Lui ! Complice est l’amour, non police.

Pelage alezan, de moreau ?
Que le voisin le dise : il voit bien.
La passion coupe-t-elle en morceaux ?
Et moi, suis-je horloger, chirurgien ?

Tu es un cercle entier – pleinement.
Tourbillon – pleinement, bloc entier.
Je ne te vois pas séparément
De l’amour. Signe d’égalité.

(Dans les touffes de duvet, la nuit,
– Collines d’écume par rafales –
La nouveauté étrange pour l’ouïe,
Au lieu de « je » : le « nous » impérial…)

Mais dans les jours étroits, indigents
– « La vie, telle qu’elle est » – en revanche,
Je ne te vois pas conjointement
Avec aucun.
– Mémoire se venge.
.
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Bibliographie :

POESIE

Poèmes. Gallimard, 1968.
Vœux de Nouvel An. L’Éphémère n°17, 1971.
Insomnie. Alidades n°1, 1982.
Le Poème de la montagne. Le poème de la fin. L’Âge d’Homme, 1984.
Tentative de jalousie & autres poèmes. La Découverte, 1986.
Le ciel brûle. Les Cahiers des Brisants, 1987.
Les Arbres. Clémence Hiver, 1989.
Le Gars. Clémence Hiver, 1991 ; Des Femmes, 1992.
L’Offense lyrique. Fourbis, 1992.
Après la Russie. Rivages Poche, 1993.
Poèmes, introd. d’Adriadna Efron. Éditions du Globe, 1993.
Sans lui, avec Sophie Parnok. Fourbis, 1994.
Le Poème de l’air. Le Cri, 1994.
Le Ciel brûle suivi de Tentative de jalousie. Poésie Gallimard, 1999.

THÉÂTRE

Ariane. L’Âge d’Homme, 1979.
Phèdre. Actes Sud, 1991.
Romantika (Le Valet de cœur, La Tempête de neige, La Fortune,
L’Ange de pierre, Une aventure, Le Phénix). Gallimard, 1998.
Une aventure et Le Phénix. Clémence Hiver, 1999.

RÉCITS ET ESSAIS

Le Diable et autres récits. L’Âge d’Homme, 1979 ;
Le Livre de Poche Biblio, 1995.
Mon frère féminin. Mercure de France, 1979.
Le Conte de ma mère. Le Nouveau Commerce n° 65-66, 1988.
L’Art à la lumière de la conscience. Le Temps qu’il fait, 1987.
Indices terrestres. Clémence Hiver, 1987.
Mon Pouchkine suivi de Pouchkine et Pougatchov. Clémence Hiver, 1987.
Les Flagellantes. Clémence Hiver, 1989.
Averse de lumière. Clémence Hiver, 1989.
Le Poète et le Temps. Le Temps qu’il fait, 1989.
Le Poète et la Critique. Le Temps qu’il fait, 1989.
Histoire d’une dédicace. Le Temps qu’il fait, 1989.
Nathalie Gontcharova. Sa vie, son œuvre. Clémence Hiver, 1990.
Histoire de Sonetchka. Clémence Hiver, 1991.
De vie à vie ; Ici-haut. Maximilian Volochine. Clémence Hiver, 1991.
Assurance sur la vie — Le Chinois. Clémence Hiver, 1991.
Des poètes : Maïakovski, Pasternak, Kouzmine, Volochine. Des Femmes, 1992.

CORRESPONDANCE

Corespondance à trois, avec Boris Pasternak et Rainer Maria Rilke. Gallimard, 1983.
Neuf lettres avec une dixième retenue et une onzième reçue. Clémence Hiver, 1985.
Lettre à Véra Merkourieva (31 août 1940). La Nouvelle Alternative n°7, 1987.
Quinze lettres à Boris Pasternak. Clémence Hiver, 1991.

SUR MARINA TSVETAEVA

Baptiste-Marrey, Ode aux poètes pris dans les glaces. Actes Sud, 1984.
Véronique Lossky, Marina Tsvetaeva, un itinéraire poétique. Solin, 1987.
Ariadna Efron et Boris Pasternak, Lettres d’exil. Albin Michel, 1988.
Joseph Brodsky, Loin de Byzance. Fayard, 1988.
Maria Razumovsky, Marina Tsvetaeva, mythe et réalité. Noir sur Blanc, 1988.
Véronique Lossky, Marina Tsvetaeva. Seghers, 1990.
Maria Belkina, Le Destin tragique de Marina Tsvetaeva. Albin Michel, 1992.
Rauda Jamis, L’espérance est violente. Évocation de Marina Tsvetaeva. Nil éditions, 1994.
Dominique Desanti, Le Roman de Marina. Belfond, 1994.
Véronique Lossky, Chants de femmes (Akhmatova et Tsvetaeva). Le Cri, 1994.
Michèle Magny, Marina, le dernier rose aux joues. Actes Sud, 1994.
Claude Delay, Marina Tsvetaeva, une ferveur tragique. Plon, 1997.
Henri Troyat, Marina Tsvetaeva. L’éternelle insurgée. Grasset, 2001.
.
Une biographie, ici


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