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Dylan Thomas, poèmes

octobre 12, 2012


Vis dans ma vie

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Vis dans ma vie;
Quand je suis triste, sois triste
Retire de notre chaos
Quelques-uns de tes sourires sagaces,
Car j’ai de la gaieté pour deux,
Beaucoup trop pour moi seul.
Et si nous en faisons un rire cruel
Nous aurons du temps
Un espace de mensonges
Pour prouver que nous pouvons être bons.
Voici ta poitrine,
Et voici la mienne.
Voici ton pied
Et voici le mien.
Mais vis dans ma vie,
J’offre si peu contre
Si peu que tu ne peux que le rendre.
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J’ai ardemment souhaité partir

J’ai ardemment souhaité partir
Loin des sifflements du monde usé
Et du cri incessant des vieilles terreurs,
Plus terribles à mesure que le jour
Passe la colline et plonge dans la mer profonde.
J’ai ardemment souhaité partir
Loin de la répétition des saluts
Car il y a des âmes dans l’air
Et des échos d’âme sur ma page
Et le tonnerre des appels et des notes.

J’ai ardemment souhaité partir mais j’ai peur.
Une vie, encore neuve, pourrait fuser
Hors du vieux mensonge en feu sur le sol
Et, crépitant dans l’air, me laisser à demi aveugle.
Et dans la vieille peur de la nuit,
Le couvre-chef que l’on ôte,
Les lèvres pincées devant le récepteur,
Je ne tomberai pas sous la plume de la mort.
Peu importe si je meurs de tout ceci qui est
À moitié convention et à moitié mensonge..
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Et la mort n’aura pas d’empire.

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Et la mort n’aura pas d’empire.
Les morts nus ne feront plus qu’un
Avec l’homme dans le vent et la lune d’ouest.
Quand leurs os becquetés seront propres, à leur place
Ils auront des étoiles au coude et au pied.
Même s’ils deviennent fous, ils seront guéris,
Même s’ils coulent à pic, ils reprendront pied,
Même si les amants se perdent, l’amour ne se perdra pas,
Et la mort n’aura pas d’empire.

Et la mort n’aura pas d’empire.
Depuis longtemps couchés dans les dédales de la mer,
Ils ne mourront pas dans les vents.
Se tordant sur des chevalets quand céderont les tendons,
Attachés à une roue, ils ne se briseront pas.
La foi dans les mains cassera net
Les démons unicornes les transperceront.
Fendus de toutes parts, ils ne craqueront pas
Et la mort n’aura pas d’empire.

Et la mort n’aura pas d’empire.
Les mouettes ne pousseront plus de cris dans leurs oreilles
Et les vagues ne se fracasseront plus sur les rives.
Où s’ouvrait une fleur peut-être qu’aucune fleur
Ne lèvera la tête sous les rafales de pluie,
Même s’ils sont fous et raides comme des rats morts
Leurs têtes martèleront les marguerites,
S’ouvriront au soleil jusqu’au dernier jour du soleil
Et la mort n’aura pas d’empire.
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Mon frère, mon pire ennemi,
Affronte la réalité, oui toi à qui j’ose tendre la main et qui détourne ton regard.
Oui toi mon ami, mon meilleur allié,
tu m’as fait mal, tu m’as menti,
et l’on ne survit pas à un secret trahi.
Mon coeur saigne et ne te reconnait pas.
Avoir des défauts c’est peut-être exister et jamais je n’ai osé te juger.
Mon ami est un ennemi sournois,
et j’ai toujours refusé de croire que c’était toi.
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N’étant que des hommes

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N’étant que des hommes, nous marchions dans les arbres
Effrayés, abandonnant nos syllabes à leur douceur
De peur d’éveiller les freux,
De peur d’arriver
sans bruit dans un monde d’ailes et de cris.

Enfants nous nous serions penchés
Pour attraper les freux endormis, sans briser de brindilles,
Et après une douce ascension,
Élevant nos têtes au-dessus des branches
Nous nous serions émerveillés des étoiles inaltérables.

Loin de la confusion, telle est la voie
Tel est le prodige que l’homme sait
Loin du chaos parviendrait la joie.

Cela est la beauté, disions-nous,
Enfants émerveillés par les étoiles,
Cela est le but, cela est le terme.

N’étant que des hommes, nous marchions dans les arbres.
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J’ai rêvé ma genèse

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J’ai rêvé ma genèse dans la sueur du sommeil,
défonçant
La coquille enroulée, puissant
Comme un muscle moteur au perçage, traversant
La vision et le nerf aussi épais qu’une poutre.

Des membres taillés à la mesure du ver, chassé
De la chair chiffonnée, passé
A tous les laminoirs dans l’herbe, métal
De soleils dans la nuit de l’homme en fusion.

Héritier des veines brûlantes gardiennes de la goutte
d’amour
Avec cette créature précieuse dans mes os j’ai fait le tour
Du globe qui m’a échu en héritage, croisière
En première à travers l’homme dans l’embrayage de la
nuit.

J’ai rêvé ma genèse et suis de nouveau mort, shrapnel
Enfoncé en plein cœur, trou
Dans la plaie recousue et le vent coagulé, la mort
Muselant la bouche gazée.

Vif dans ma seconde mort j’ai marqué les collines,
moisson
De ciguës et de brins, rouillant
Mon sang sur les morts durcis, cherchant
A m’arracher de force à l’herbe.

Et la vigueur s’est propagée dans ma naissance, seconde
Aurore du squelette et puis
Rhabillage de l’âme nue. La race humaine
A giclé comme un crachat de la douleur resoufferte.

J’ai rêvé ma genèse dans la sueur de la mort, tombé
Deux fois dans la mer nourricière, usé
Dans la saumure d’Adam jusqu’à ce que, vision
D’un homme à la vigueur nouvelle, je cherche le soleil.
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MOI, LE PREMIER PRENOMME

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Moi, le premier prénommé
Je suis le fantôme de cet
Ami anonyme, sans prénom
Qui écrit les mots que j’écris
Dans une chambre tranquille
Dans une maison imbibée d’envoûtement ;

Je suis le fantôme de cette maison
Remplie des langues et des yeux
D’un fantôme sans tête
Que je crains pour toujours
Jusqu’à la fin anonyme.

Traduction d’Alain Suied La revue improbable N°24, décembre 2002
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N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit

N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit,
Le vieil âge devrait brûler et s’emporter à la chute du jour ;
Rager, s’enrager contre la mort de la lumière.

Bien que les hommes sages à leur fin sachent que l’obscur est mérité,
Parce que leurs paroles n’ont fourché nul éclair ils
N’entrent pas sans violence dans cette bonne nuit.

Les hommes bons, passée la dernière vague, criant combien clairs
Leurs actes frêles auraient pu danser en un verre baie
Ragent, s’enragent contre la mort de la lumière.

Les hommes violents qui prient et chantèrent le soleil en plein vol,
Et apprenant, trop tard, qu’ils l’ont affligé dans sa course,
N’entrent pas sans violence dans cette bonne nuit.

Les hommes graves, près de mourir, qui voient de vue aveuglante
Que leurs yeux aveugles pourraient briller comme météores et s’égayer,
Ragent, s’enragent contre la mort de la lumière.

Et toi, mon père, ici sur la triste élévation
Maudis, bénis-moi à présent avec tes larmes violentes, je t’en prie.
N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit.
Rage, enrage contre la mort de la lumière.

Traduction d’Alain Suied Dylan Thomas Vision et prière Gallimard COLL. POÉSIE
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Un dossier sur Dylan Thomas sur Esprits Nomades


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