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Albert Dichy, Jean Genet et l’Orient… un lien puissant

octobre 10, 2012

Source : L’Orient Le jour 08/10/2012

« Beyrouth et moi, c’est une vieille histoire », affirme Albert Dichy confortablement installé dans l’un des salons de la Résidence des Pins. (Photo Nasser Traboulsi).
« Beyrouth et moi, c’est une vieille histoire », affirme Albert Dichy confortablement installé dans l’un des salons de la Résidence des Pins. (Photo Nasser Traboulsi).



Rencontre
Directeur littéraire de l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC), Albert Dichy est à Beyrouth, sa ville natale, le temps d’une inauguration et d’une conférence qui le ramènent sur les lieux de sa jeunesse.

Il est venu pour l’inauguration, samedi dernier, du Centre du patrimoine musical libanais (déjà présenté dans ces colonnes dans l’édition du mercredi 5 septembre), un centre de conservation et de documentation de la production musicale libanaise parrainé par l’IMEC qui en a formé l’archiviste. Et, en spécialiste « fasciné » de l’œuvre de Jean Genet, Albert Dichy en a profité pour donner une conférence à l’Institut français de Beyrouth sur la relation de l’auteur du Captif amoureux avec l’Orient.
Un thème d’autant plus maîtrisé que Dichy a, lui aussi, de nombreux liens avec l’Orient. Avec Beyrouth en particulier, où il est né et a vécu jusqu’à l’âge de vingt ans. « J’ai été élève du collège Notre-Dame de Jamhour puis j’ai fais mes études à l’École des lettres, qui se trouvait sur les lieux de l’actuel Institut français, et j’ai épousé la nièce de Georges Schéhadé que j’ai rencontrée au Liban. Bref, entre ce pays, voire cette région – car je suis un peu le produit d’une salade méditerranéenne dont les frontières sont poreuses –, et moi, c’est une vieille histoire. En d’autres termes, je me sens aussi pleinement libanais que je suis français. Le Liban est ma terre et la France est ma langue. Que j’ai acquise, d’ailleurs, en Orient », insiste-t-il encore.Ces racines orientales sont « même inconsciemment », dit-il, à l’origine de son intérêt pour certains écrivains « dont l’œuvre se situe en quelque sorte sur un axe Orient-Occident », à l’instar de Kateb Yacine, Adonis, Tahar Ben Jelloun et bien sûr ses deux auteurs de prédilection : Schéhadé et Genet. Albert Dichy a « très bien connu » le premier du fait de son mariage et donc de leurs liens familiaux. Il a « très peu connu le second », qu’il a rencontré, pour la première fois, « au cours d’une réunion politique à Beyrouth en 1972 ». « Mais c’est vrai que j’ai, pour l’un, une tendresse particulière et, pour l’autre, une sorte de fascination. Pour son œuvre à la richesse inépuisable notamment. Car il y a Genet l’enfant de l’assistance publique, le délinquant et écrivain de derrière les barreaux, l’homme de théâtre – qui a laissé une des plus grandes œuvres théâtrales françaises du XXe siècle – et puis il y a aussi ce versant politico-littéraire dans son œuvre qui a produit notamment ce grand livre qu’est Le Captif amoureux.

Sur les pas de Genet au Liban
Ce sont les différentes facettes du grand écrivain et mauvais garçon de la littérature française contemporaine que Dichy a évoquées au cours de sa conférence, dans laquelle il a mis cependant l’accent sur Le Captif amoureux, le grand livre de Genet, publié peu après sa mort, en mai 1986. « Ce livre est le récit de ses pérégrinations sur les pas des Black Panthers aux États-Unis, mais surtout en Orient où il débarque en 1970 pour soutenir la cause palestinienne, signale-il. Il n’y vient pas comme un auteur en visite, mais en tant que voyageur solitaire qui traverse le Proche-Orient (Jordanie, Damas, le Liban et les territoires occupés) et y passe de façon discontinue à peu près deux ans. Genet va résider dans les camps, car il s’est donné pour mission d’écrire un livre de soutien à la lutte palestinienne. Ce qu’il fera à travers le récit de ce que lui-même appelle son “voyage en Orient”. Ce texte appartient-il à ce genre littéraire qu’est l’orientalisme et qui se nourrit d’exotisme et de paysages ? Est-ce qu’au fond Genet ne serait-il pas juste un écrivain français fasciné par l’Orient, dont il porte des images depuis l’enfance ? D’autant qu’il avait écrit dans Le Journal d’un voleur : “Mon enfance a rêvé de palmiers”. C’est autour de ces interrogations que Dichy a articulé son intervention. Pour arriver à la conclusion que Le Captif amoureux est la grande œuvre de Genet, car il est tout à la fois un texte littéraire “fait de l’étoffe de ses rêves”, pour emprunter la formule à Shakespeare, et un ouvrage politique en faveur des Palestiniens, clairement écrit par un grand écrivain français. Un auteur qui n’en reste pas moins un marginal, qui n’a trouvé place nulle part et qui, de ce fait, va établir une connexion particulière avec ce peuple déplacé que sont les Palestiniens. »

Un livre sur Georges Schéhadé en préparation
Pour appuyer son constat, Dichy cite une phrase que Genet avait écrite sur un cahier conservé dans le archives à l’IMEC : « Quelle sottise ! On dit que j’ai aidé les Palestiniens. Ce sont eux qui m’on aidé à vivre. » « S’il y a une relation profonde entre Genet et l’Orient, c’est là qu’elle se trouve », dit-il. Signalant aussi la sensibilité prémonitoire de l’écrivain français concernant cette région, qui écrivait déjà dans Le Captif amoureux : « Derrière chaque combattant arabe, il y a une sorte d’ombre qui risque de l’étouffer. »
De Genet, dont le tournage du biopic l’avait fait revenir une toute première fois au pays du Cèdre en 1991 après 17 ans d’absence, à Georges Schéhadé, auquel il avait organisé, en 1999, avec les archives du poète tirées de l’IMEC, une grande exposition au Musée Sursock, tout ramène invariablement Albert Dichy vers Beyrouth. Cette fois, c’est le Centre du patrimoine musical libanais. En attendant une prochaine occasion. Gageons que ce sera à la sortie du livre de souvenirs de Georges Schéhadé, qu’il est en train d’écrire. Un livre « qui s’ouvre au Liban » et qui devrait paraître dans un an.

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