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Jean Mambrino, poèmes

octobre 3, 2012


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(Jean Mambrino est décédé le 27 Septembre 2012, RIP)
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BLANC

Terreuse
cette peur
cette terreur
du masque de glaise
et de vers
sur ton visage.

Mais le masque
n’est qu’une image.
Ton visage
de larmes et de neige
se désagrège
au passage.

Si tu consens
à la candeur
du mouvement
qui t’efface
le oui de la lumière
est ta demeure.
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L’improbable

Une plume entre
en voltigeant
par les barreaux
de la prison.

Une plume blanche
au fond de l’ombre
s’est posée.

Parmi toutes les pensées
du monde
d’où vient cette intention
de l’oiseau

et du vent?
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37

Toute beauté brûle à petit feu, et se défait
avec tendresse, lentement, comme l’aster,
gloire de l’automne, et l’iris si fragile
qu’il faut le transporter dans ses langes.
Les chatoyantes ainsi se changent, se déguisent
en leurs couleurs aux odeurs de délices.
Certaines ne s’ouvrent que la nuit
On les dirait pressées de disparaître,
de s’effacer. La créature belle,
la grâce, la pensée, ne peut jamais
s’appartenir, elle consume son éclat
pour tout remettre à qui s’en vient vers elle.
Peut-on posséder un regard ? un baiser ?
Et celui qui l’accueille remet l’offrande
à l’instant qu’il la reçoit. La source
de ce don ne garde rien d’elle-même,
puisqu’elle n’existe que par son abandon.
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L’Hespérie, pays du soir
(extraits)

Le signe

L’automne avance avec douceur sous l’or du temps,
macérant la liqueur des longs jours, distillée
par le soleil intérieur. Ce qui est fini
se prépare à commencer, derrière les cris
d’une poignée d’étourneaux que disperse le ciel
étoilé de larmes. Aux détours d’un pays
en guerre, une femme emporte furtivement
dans un sac en nylon, des fruits et du miel pour
son garçon transpercé d’une balle perdue,
à deux rues de là. Une autre pose son doigt
sur ses lèvres, quand le dernier rayon dessine
ce signe sur les portes de maintes maisons,
et que les étourneaux tournoient parmi les vignes.
Devine, murmure une voix, dans les roseaux.
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Les Ténèbres de l’espérance
(extraits)

Nœud de la douleur, serré à fond.
Violente mutité. Profond refus
de tout contact, toute présence.
Le silence ne montre pas ses dents.
Au-delà de la fuite, l’absence.
La mort choisie vivante.
Il s’agit d’effacer toute trace
de l’origine. La source
et le berceau du sang.
L’avenir n’est plus.

Mais la chair ne peut-elle renaître
de la musique de l’esprit ?
L’esprit ne peut-il surgir
de la chair du regard,
à travers l’appel et le désir
d’une jeunesse première,
dans l’inaltérable été ?
L’ange se tient debout,
devant les portes noires,
veillant sur la joie exilée.

*

Qui n’aspire à retrouver
la nudité de la Terre,
la chair nue entière et bleue,
des montagnes du Liban ?

La patrie pour les errants
sans appui, jetés dehors,
à la recherche des puits
sur le sol fait d’ossements.

C’est la nuit que brille encore,
au bord de l’infinité,
l’annonce de l’étranger,
pour les cœurs sans feu ni lieu..
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LE COMMERCE ADMIRABLE

Dans la distance
la profusion.

Les arbres s’échangent
et les regards.

Les lèvres façonnent
leur béance.

Les failles les hasards
sont communion.

Le sans-don se donne.
à notre absence.
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Jean Mambrino est l’un des plus grands poètes français vivants. Il est essentiel de faire découvrir aujourd’hui dans toute sa variété et sa profondeur cette œuvre majeure, inaugurée grâce au soutien de Jules Supervielle et de René Char. Réjouissons-nous à cet égard qu’un livre d’entretiens avec Jean Mambrino soit en préparation, par les soins de Claude-Henry du Bord, aux Éditions du Cerf.
Jean Mambrino est né en 1923 à Londres où se passe son enfance. Le STO le mène en Dordogne, comme bûcheron. Il est ordonné dans la Compagnie de Jésus en 1954.
Durant le même temps, avec Jean Dasté, il découvre le théâtre, qui demeure une part importante de sa vie. Professeur de théâtre à Metz, il a pour élève Bernard Marie Koltès. Passant plus tard au cinéma, il se lie d’amitié avec Roberto Rossellini et rencontre les cinéastes de la nouvelle vague. Il effectue des séjours réguliers à Londres où il fait la connaissance de T. S. Eliot et de Kathleen Raine.
Son premier recueil, Le Veilleur aveugle, paraît au Mercure de France en 1965. En 1968, il s’installe à Paris et commence une collaboration régulière à la revue Études où il a été responsable durant quarante ans de la critique de théâtre. Il a publié, chez Seghers, une Anthologie de la poésie mystique française (1973).
Il a été distingué par le Prix de Littérature Francophone Jean Arp en novembre 2004, Prix qui lui a été remis à Strasbourg dans le cadre de la préfiguration des Rencontres Européennes de Littérature en mars 2005.
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Lire la suite sur le site des Editions Arfuyen


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