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Dominique Sorrente, poèmes

octobre 1, 2012

PARFOIS PLUS JUSTEMENT QUE LES OISEAUX PASSEURS

à mes amis trabouleux, André Rochedy (i.m) et Geneviève Raphanel

Quand rien ne fait plus fortune qu’un
jour sans hâte, serré contre sa nuit,
les pauvres par temps d’oubli vous désignent leurs branches.

Pour quelques notes hors de portée,
ils vont derrière leurs parenthèses,
dans la retenue de la page.

*
Il y aura cet arbre dévêtu de songes, ce parvis à l’église absente,
là derrière nous, toujours
cette tempête d’éventails jetés au creux du monde.

Chacune de nos chances aura son nom d’étoiles à deviner.

Et cette herbe entre nous qui ne dort pas.

*

Trop tard, jamais
pour imaginer une majuscule sans point,
deux gens heureux qui ont des histoires plein la tête
et il neige…

Notre limite a sa patience, dit leur sourire en duo,
ne craignant plus à cette seconde juste
d’accompagner des yeux un bout de ciel
entr’ aperçu par un trou de journal.

*

On ne dit pas
jusqu’où va le silence imperceptible
de leurs vies.

On dit que le destin
est un repas qui s’installe au bord du soleil.

Et puis, on ne dit rien, à la fin,
on laisse l’oratorio de Scarlatti
sous les mains du joueur de luth,.

une nuit entière sans bouger
après les bravos du concert.

On est un banc ou une chaise.

On ne dit
rien.
.
.
.

Hommage au poète inconnu

.
Vous ne pouvez dire mon nom.
C’est le moins qui puisse être.

Je vis de creux et de surfaces.
Ce qui s’ajoute à mon bout du monde
passe par une entaille de pierre.

Inclinez-vous, devant il n’y a rien à voir.
Parterre, peut-être, un insecte
qui sait renommer l’univers.

J’ai fini de compter les passants qui ont
franchi le seuil sans s’arrêter. Les quelques-uns
sont en mémoire, debout ici, dans mon silence archéologue.

Demain, demain… évitez-moi ce trop de précipitation.
La rafale s’en vient. Le monde brûle.
Le livre part en lent retour vers son destin de sève.

Mes fleurs à partager, mes carnets de déroutes et de chances reçues,
mon rythme de piéton céleste, libre de cœur, j’aime
celle ou celui qui crie récompense pour que le temps d’amour
à nouveau se libère.

Je vous ressemble. Je sais bien
que ma voix est faite d’empreintes et d’oublis, de cercles d’éphémère,
de sillages d’éternité,
de justesse et de non mesurable.

C’est pour qui ne me connaît pas que je donne mes adresses
au vent. J’écris ici et j’écris là.
À peine me verra-t-on peut-être à ma rare durée
dans le brouillage des journées d’instants,
et déjà disparu ailleurs, comme vous, je serai reparti.

Un jour, j’ai débarqué sur cette rive, où mes blessures ont
reçu la pitié douce du lazaret, les pansements pour ma peau d’étranger.
J’ai aimé devenir un des vôtres,
lâchant une parole tressée entre les continents,
d’un bord du monde à l’autre, minuscule et précieuse, démunie
comme au premier jour de naissance.

Et j’aime depuis ce jour le baiser anonyme du vent et de la mer,
les temps extraordinaires qu’on unit au geste banal,
les lèvres sacrées qui trouveront des mots à même le sable.

Je suis de ce pays à sculpter l’éphémère.

Je vous ressemble, à chaque regard porté, dans la ferveur
des mots incendiaires.

Je passe en destin d’écriture. Je me relie à vous, quand même
vous ne le savez pas.
J’ai mon habitation dans le pli de vos cœurs troublés.

Je n’appartiens à aucun siècle, ou à tous, sans doute, pour poursuivre ma tâche
d’œuvrer à même vos gestes en parole commune.

Je suis le poète inconnu
qui sait que ses théories de fusain lui survivront
et qui vous parle.

Je vis de l’oubli nécessaire et de la mémoire revenante,
et je vous parle,

bien après que la vague aura disparu,
je vous parle, mes amis,
pour ce soir, corps et biens,
où nos mots se sont perdus, se sont unis,

je vous parle, habitants d’un amour toujours en chemin,
dans ce temps du futur antérieur
où remue entre ciel et terre
la part heureuse
qui nous fait signe,

notre vie constellée.
.
.
.

C’EST BIEN ICI LA TERRE…EXTRAIT

.
« Il y a un matin
où les grands ciels sont faits pour nous,

où les cailloux avancent avec nos marches,

où se disperse sans regret
ce qu’on ne saura jamais.

Rien
n’effraie plus les souffles qui respirent en passant.

Écoute :
les routes tremblent, même pour les chercheurs d’or,
nos défaites ont faim de nous
plus que nous le croyons,
mais sur ton cou, les colliers se changent un à un,
pour annoncer le jour qui vient, le jour qui tourbillonne,

et ton rire lance sa première salve
en ouvrant grands les rideaux de survie. »
.
.
.

LÀ OÙ SÉJOURNENT D’INFINIS PAYSAGES

.
Au commencement est le silence de l’épaule
et l’ombre du cou plane sur elle.
Puis vient le sein à la fleur d’amandier pour y boire
et le creux du nombril pour y dormir.
Au commencement est la hanche
qui sait faire balancer les regards
et encore le genou
au rêve danseur,
et la plante du pied docile
pour éprouver les massages du temps.

Puis un sourire invente les lèvres
à peine ouvertes,
et la courbure du dos,
vêtue d’onguents et d’aromates, s’allonge
contre la terre ferme, et les mains
se nouent lentement
devant le pli obscur du sexe.

Et la nuit diamantine
descend
Un signe de promesse
tout au bord
du premier corps de l’aimée,
quand le commencement
à peine se retire.
.
.
.

Théorie de l’univers au petit déjeuner

.
à Jean-Pierre Luminet et Vivian Lofiego

L’univers a la bouche close.

L’univers plisse les yeux.

L’univers n’en a jamais vraiment fini
avec ses travaux d’équations.

Un instant amusé par notre faculté d’errance,
il s’est pris de sympathie pour une boussole
exubérante, que certains,
bien informés ici,
appellent poésie.
.
.

.
.
.


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