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Jean-Paul Gavard-Perret, poèmes

septembre 19, 2012

AU MIROIR DES RESSEMBLANCES

I

.
Devenue approche
L’été maintenant.

Compression
Déploiement
Que rien ne recouvre
Si ce n’est en un point la pellicule transparente

(Comme vers l’orée
Quand la descente échappe)

.
II

.
Nommer n’est plus qu’un pur sillage.

De lèvres le désert dénoué
Au bord du langage

Toujours le cri remue
Où l’image se défait.

Ce parfum ouvert
Que la langue frôle.

III

.
Voir encore
L’aveu échappe

Tournoyer d’un seul coup
La chute interminable

Un lieu que les mots ne peuvent plus cacher.

.

IV

.
Comme saisie
La lumière jette le drap
Près des mûriers

Tant d’aubes
Tant de crépuscules.
Les linges ouverts effacent l’horizon
Et la peur.

.
V
.

Plonger encore où l’énigme est aveugle.

Voir encore
Et entendre

Tournoyer
– Que la chute ne vienne rien cacher.

Appel.

.

VI

.
Au bord du langage
D’une bouche lumière

Ils vivent
Se donnent les preuves

(Le désir sans effacer – nudité si rapide).

VII

.
Toujours un geste.

Et tomber

Se répète à la nuit.
(Ravin dans chaque souffle)

A pic
Les mêmes mots dévorés par l’aveu.

.
VIII

Inavouable étude.

(Muets s’est approché des dunes).

Seins et faille
Regard.

Immense comme une première fois
Comme une fuite.

Soudain sans traces.
Soudain.

.IX

.
L’air éraflé dévale enfin.
C’est un rosier.

Le présent, le présent
L’éboulis de la langue
Soulève la distance.

.
X
.

Vous m’entendez?
.
.
.

LA DERIVE

.
Qu’est-ce qui a commencé ? Quand avons-nous commencé ? Il cherche l’ori-

gine : chaque fois celle-ci recule, comme si depuis toujours. Soustrait à

lui-même l’ouverture qu’elle lui offre est soudain son repère et son

précipice. Il voudrait que la même lumière infuse jusqu’au centre de sa

terre. Au bord du crépuscule il y a cet abri. Étreinte intouchable de son

lointain. Il éprouve ce calme, il cherche l’origine. Reste ce passage, ce

partage qui, mieux que la pensée, approfondit le mystère. L’extase est

ronde en ce murmure. Il tient par ce fil : parvenir à son âme par les

gîtes de couleurs. Ainsi la conversation ouverte dont nul ne connaît la

source et qui concerne le secret de toutes choses. . Parfois un centre pour

que s’ouvre l’instant. Lumière comme un oiseau qui plane dans le soir. Ses

ailes façonnent l’espace. Entre l’appel et l’appelée, l’intimité de la

distance. Dans l’ignorance des corps un secret est partagé… Elle déplace

l’espace. Sa présence dans les feuilles, son absence dans le bleu. Elle

ouvre l’empan du monde à ce point où elle lui fait porter le regard. Dans

l’infinie distance il touche une proximité. Ainsi cette sorte de dérive.

Jusqu’à l’embarcadère. Histoire sans fin. Rien d’autre dans le bleu – son

« bleu froid » – de l’automne. Tenir ainsi. Dans cette distance elle se

défait, elle le défait. Linge blanc des instants. Il les amasse, ils sont

dedans. Elle l’appelle sans l’appeler. Elle se dévoile – l’absolue nudité.

Il refait surface. Ils sont si proches, ils sont si loin. Cette coulée

vers le soir au-dessus des orages. De l’aube au crépuscule deux fleuves

adjacents (Saône, Rhône) remontant leur courant. Ils sont là sans y être.

Ne sont que cette entente en ce chemin d’écart vers le silence qui monte.

Un voyage, une dérive. Au soir ils dorment chacun dans ce cercle de l’autre

dont ils ne connaissent que le bord. Il n’est que son silence. Il y a

ce creux d’ombre, ce battement, cette éclipse ultime en ce temps circulaire

où ils ne seront jamais. D’où l’impossibilité d’en dire plus. Jusqu’à ce

point limite. L’Inter-dite. Et ce parfum autour. Cela qui va et vient.

Dans cette violence des images le partage blanc.Au seuil de cet abyme seul

le vous les retient, sur l’abandon il plaque le silence.
.
.
.

L’OEIL BANDÉ

.
 » Regarde  » dit-elle. Corps à l’horizon, à l’horizontal, jambes repliées pour

qu’il voit. Ce qu’elle offre, qui est donné à voir . Ainsi traverser le

voir pour le ça voir. Retourner l’image pour son éclatement. Tout son mâle

qu’elle se donne pour en arriver là. Et au milieu cet espace, ce pont,

cette barrière. Élastique. Élastomère. Chaque fois, retoucher à ça :

l’impossible de la présence. L’impossible présence. Par ce mystère du

mont(r)age. Il touche (du regard) la limite qu’il ne peut franchir. Elle

sait de quoi c’est fait – il lui raconte l’histoire. Il est dedans sans y

être. C’est elle encore qui remonte les couches. Corps scié il balbutie

les mots de passe orgie, perversion, dépression, creux, prépuce , danse,

extase, transe, sueur, ongle et cheveux, consécration, prostitution,

ascétisme, les mots par où ça passe (et ne passe pas). L’impossible de

l’un dans l’autre, de l’autre dans l’un. L’invisible du sexe : l’oeil,

la bouche ouverte, le cri à blanc. L’appel. Voix lointaine. Voix qui dit

« viens » ( elle ne dit mot qu’il sent ).
.


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