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Gabrielle Althen, poèmes

juin 14, 2012

Adresse

Tu es ma consternation et ma consolation
Tu es ma colère et mon rire
Tu appartiens à ton caprice
Tu appartiens à ta douleur
L’un chassant l’autre
Tous deux exorbitants
Et quand tu jouis tu supportes en jouant
La rose du salut
– Ô vulnérable parfois la rosée qui s’évade ! –
Tu me consoles et me consternes
– Des fleurs sans toi s’amoindriraient là-bas –
Tu es mon risque et ma vivacité
Ma jeune joie de fille surprise qui ruisselle
Et ma présence étrange debout au bord du large
Que je ne connais pas
.
.
.

Elle ou la décision antérieure

Souveraine et blessée
Connivences et mains lentes
La bergère méconnue aux agneaux invisibles
Une à une écartant les parois de la nuit
Femme et étale
Près de la mer de la nécessité
Et le moutonnement des actes répétés
Entre les pieux trop équarris de la brutalité
Elle se lève
Paroles dévidées entre questions et maux
Reine pourtant du silence où s’abîme le coeur
Le corps immense derrière les poignets frêles
– Et le oui antérieur à son geste de vivre
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Couleurs du monde

I

Fleur sèche et collée sur la vallée
L’allégresse à côté du pardon
Et tous deux étrangers à nos yeux
Il me semblait voir diminuer la beauté
Tel paysage est maison forte
Et le miracle est habité
Le vent respire
Un jonc écrit
Ce vieux cri mon espoir cesse enfin de s’étirer :
Un vrai carré de liberté !
Je suis là
Dieu regarde
Le papillon est jaune et l’hiver transparent
Et qu’il y faille regarder tant les êtres et les choses
Si ainsi se déplacent les monts
Sur leurs cordes de ciels verts et d’orages ordinaires

II

Merveille comme une larme qui s’isole
Sur une lame de l’hiver
Le beau geste de pleurer réinventé
La couleur devenue plus amère
Avec ce bleu qui se décharne
Mais comment se tenir sur le fil
Où le ciel baisera la montagne ?
Ce jour ne pleure pas
Le vent brille
La chose est sans contour
Un grand cyprès roussit
Pour que la mort ne soit pas dite absente
Mais les armures sont invisibles
Comme le jour dans le jour
Et le gibier qui court dans la musique
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UNE FOIS LE GRIS DEVENU L’AUTRE VERSANT DU BLEU

Une fois le gris devenu l’autre versant du bleu
Malgré les jours bavards
Et bijoux qui contrent la terreur
Il faudra inventer des repères
Parce que l’histoire se fane
As-tu vu cela ? dis-je à mon fils
As-tu vécu ? demande le poète ?
Indemnes sont les choses
Indemne le moment
Et la question embellie par le vent
On a vu bien des larmes vaporisées par les lointains
De quoi avons-nous donc besoin ?
Et de quoi avoir peur
Lorsque l’histoire se fane
Hors la question de la question ?
Et c’est le cœur qui murmure
En connivence avec le serpent qui le mord
Mais la beauté reste imparable
De temps à autre une tiédeur se retourne
Et l’air bâtit sa cathédrale
Blanc comme une hésitation
L’été crisse autour d’un buisson de silence
As-tu vu ? dis-je à mon fils
As-tu vécu ? demande le poème
Qui donc attend le timbre de sa voix ?

Gabrielle Althen
Texte inédit pour Terres de femmes (D.R.)

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L’homme a agrippé la femme

L’homme a agrippé la femme

Et la femme murmure

« Ne t’écartes pas, nous tombons

Tu vois, c’est un beau voyage dans le vent de la chute

Et c’est si beau

Le vent s’enchante

Dans la maison trop claire qui tient sa paume ouverte

Comme une plaine

Sans turbulence malgré le vent »

Tous deux s’épousent et le moment ne tombe pas

La femme ne sait pas où ils vont

L’homme croit peut-être le savoir

Elle ferme simplement les yeux

Pour mieux sentir son cœur qui navigue vers lui

Et les vergers font des étoiles

On voit le vent qui s’énamoure

Et qui secoue les arbres fous

L’homme et la femme emportent pour repères

La satiété d’anciens châteaux du paysage

Qu’ils ont toujours connus arrimés dans le temps

« Ne t’écarte pas, nous tombons »

Nœud partageable fol appui

Le voyage et son point fixe

Et le moment ne tombe pas

Et c’est sans eux que le temps se décline.

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Voir aussi

Biographie


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