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Lorand Gaspar, poèmes

juin 2, 2012

Choix de textes

 

Reprise d’un cantique profane sur le thème de l’exil et de l’étranger

 

Non pas en exil.

Non pas étranger.

Solidaire des hommes et des bêtes

Solidaire des eaux, de la boue,

de la roche et des champs des forêts et forêts de constellations.

 

Graine de la grande tribu des sables et cailloux

de toute cellule vivante,

pétales de floraison dans le vent,

solidaire de la joie et de la douleur.

 

D’une patrie de pensée infinie

de toute connaissance limitée

clairières de notre pensée finie.

 

Solidaire d’une commune ignorance

de tous nos forages, explorations, recherches

de notre désir infini de comprendre —

de toute lumière et de promesse de lumière

qu’elle témoigne d’elle-même ou de la nuit,

de celle à certaines heures que respirent

au désert de Judée les pierres —

 

Solidaire d’une patrie de mouvement infini

des limites de nos ici et maintenant innombrables

 

Non, je ne suis pas en exil,

chez moi dans le jaillissement

dans la chute et dans l’usure

dans le diamant et la pacotille

chez moi dans la jubilation des eaux et des airs

et comment parler du mouvement sans bornes

sous les averses d’averses de photons

les vitesses de tant de rayonnements

dans la fraîcheur fragile du verger en fleur

rencontré ce matin de février sans nombre

dans l’éventail d’années et d’années de lumière —

je suis le marcheur qui respire l’ouvert

de tous ses poumons et dont le corps-cerveau

compose des images, musiques et langues,

je suis celui qui chante dans le chant

hors métrique et hors vocabulaire

les matins de toute vie et les soirs

et les nuits de solitude peuplées

de pensées qui s’envolent de leurs fenêtres

de tout ce qui se déplie, telles les eaux

que parcourt un battement d’aile dans la nuit

de l’eau solidaire de celui qui dort,

comme de celui qui écoute le poème au-dedans, au-dehors

*

 

J’ai seulement des choses très simples

le soleil s’est découpé peu à peu comme

ma mère découpait le pain

nous mettons la soupe sur la table

(ces choses au-dehors qui tombent lentement,

le jasmin, la neige, l’enfance)

goût de piments rouges et de dents heureuses

nos corps nous tiennent encore chaud quelque temps

dans l’âge avancé de la nuit.

 

Le quatrième état de la matière, Flammarion

*

 

Bonjour à toi qui viens de nuit.

Bonjour à toi démarche souveraine qui fends la pulpe du

soleil.

Bonjour à toi dans la poussière.

Tout ce jour à t’user, à l’user.

Aux os de ta fatigue.

Lorsque la lumière se voûte sur un puits –

Paix, les bruits se posent.

Ah, comme l’oreille se lisse!

Bonne nuit à toi qui viens de lumière, qui viens silence.

Comme une ultime paupière de couleur ou de son

Tu migres en profondeur, laissant le jour blafard sur la

table de l’embaumeur.

 

Sol absolu Gallimard

*

Langue natale

 

Les contraires qui sont battement au cœur du monde, la

parole les porte à déchirure.

Dans la dislocation que plus rien ne guérit, la ferveur d’une

langue dévore son avenir.

Fouet d’une phrase sans équivoque.

Ici s’est tenue la lumière d’un arbre, là s’est dissoute la venue

d’un pas.

Dans le buisson des cris le dieu se creuse de mutisme.

Quelque flamme que tu portes – si peu cette eau qui s’évapore.

Fraîche amertume du sel dans les plis de lumière.

 

Approche de la parole, Gallimard

*

le blé des corps dans la meule des ans

farines que mélangent les lois éternelles

pour d’autres pains et d’autres dents

la nuit tu tâtes soudain sans comprendre

la peur qui fouille au ventre des images

cherchant à clore sur soi le mouvement

et ces eaux nues de l’ardeur d’aller

encore et encore plus loin dans l’ouvert?

(et même et surtout quand la nuit se referme)

 

Patmos et autres poèmes, Gallimard

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