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Richard Brautigan, poèmes

mai 17, 2012


Les choses s’incurvent lentement hors de vue
jusqu’à disparaître tout à fait.

Après ne reste plus
que la courbe.

(Richard Brautigan)

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Je vis au vingtième siècle

Je vis au Vingtième Siècle
et tu es allongée ici à côté de moi.
Tu étais malheureuse quand tu t’es endormie.
Je ne pouvais rien y faire. J’étais désespéré.
Ton visage est si beau que je ne peux pas m’arrêter
pour le décrire, et il n’est rien que je puisse faire pour te rendre
heureuse pendant que tu dors.

traduit de l’anglais par E. Dupas

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Je vais me coucher à Los Angeles en pensant
à toi.

Lorsque je pissais il y a quelques instants
j’ai contemplé mon pénis
avec affection.
Je sais qu’il a été en toi
deux fois aujourd’hui et du coup je me
sens très beau.

{Richard Brautigan ~ Il pleut en amour © Le Castor Astral}

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SAUTE-MOI

Saute-moi comme une pomme-de-terre
en cette matinée merveilleusement affamée
de ma sacrée bon Dieu de vie.

(Richard Brautigan)

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En marge

En voiture sur l’autoroute
entre Tokyo et Osaka

Je regarde par la vitre
à 100 kilomètres à l’heure
(62 miles)
et j’aperçois entre les rizières
un homme à bicyclette, qui roule
avec d’infinies précautions sur un
étroit sentier.
En quelques secondes, le voilà disparu.
Il ne reste plus que son souvenir, maintenant.
Il vient d’être transformé
en impression à l’encre
d’un souvenir à 100 kilomètres à l’heure.

Extrait de Journal japonais, Richard Brautigan, L’incertain 1992, pour la traduction française.

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Voilà une agréable surprise

Enfin nos corps coïncident
Je parie que tu pensais que
ça n’arriverait jamais.
Moi non plus.
Voilà une agréable surprise

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3 novembre

Me voilà assis dans un café
en train de boire un Coca.
Une mouche s’est endormie
sur la serviette en papier.
Il faut que je la réveille
pour essuyer mes lunettes.
Il y a une jolie fille
que j’ai envie de regarder.

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Poème d’amour

Qu’est-ce que c’est agréable
de pouvoir se lever le matin
tout seul
et de ne pas avoir à dire aux gens
que vous les aimez
quand vous ne les aimez plus.

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Joli cul

On y perd tellement
et on y gagne tant
dans ces deux mots.

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C’est toi qui a voulu coucher avec elle

Transformé en flocon de neige comme par
un ours polaire invisible
– pauvre con,
tu te retrouves assis
sur le pare-chocs de ses baisers
alors qu’elle conduit la voiture
jusqu’au coeur de la banquise.

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Héroïne de la machine temporelle

Si tu lui avais dit quand elle avait quinze ans
que cinq ans plus tard elle coucherait
avec un type chauve et qu’elle aimerait ça,
elle t’aurait trouvé très abstrait.

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Neuf corbeaux : deux dans le désordre

1, 2, 3, 4, 5, 7, 6, 8, 9

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Etoile du Poker

C’est une étoile qui ressemble à
un jeu de poker au dessus
des montagnes de l’Oregon occidental.
Il y a trois hommes qui jouent.
Tous sont bergers.
L’un d’eux a deux paires,
les autres n’ont rien.

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Brautigan : un écrivain en noir et en rêve


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