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Lucien Suel : Le dernier prophète

avril 11, 2012

Source Poezibao

Le dernier prophète 
 
Le tombeau de Georges Bernanos, c’est 
un grand trou noir dans le ciel bleu. 
 
Après sa mort, les monstres avilis de 
la « communication », les commerçants 
filandreux et les dodus thuriféraires 
de la sainte marchandise ont colonisé 
l’espace de l’homme. C’est d’ailleurs 
ainsi : l’espace publicitaire, le mot 
pour rire, le prime-time, les flux de 
population, l’audience captive, panel 
des consommateurs. Les imbéciles sont 
fabriqués en série. La boue visqueuse 
d’un chemin en Artois est plus propre 
que les canines blanchies des laveurs 
de cerveaux patentés de la publicité. 
 
Le tombeau de Georges Bernanos, c’est 
un grand trou noir dans le ciel bleu. 
 
 
Le sel ne sale plus. Les mots perdent 
leurs sens. “Civilisation” Ha ha ha ! 
Progrès”, “Démocratie” Ha ha hi hi ! 
Quelques mois avant ma naissance, une 
conférence à la Sorbonne le 7 février 
en 1947, « Je dis système pour ne pas 
dire civilisation… » Sans cesse, le 
ciel nous renvoie l’oracle électrique 
de la stupidité, répété des milliards 
de fois, répété dans l’éther. La tour 
de Babel des satellites d’information 
nous vomit les mots d’ordre des chefs 
du matérialisme capitaliste omnivore. 
 
Le tombeau de Georges Bernanos, c’est 
un grand trou noir dans le ciel bleu. 
 
 
Le curé d’Ambricourt est mort dans un 
triste studio de Lille-Sud. Mouchette 
s’est enlisée, ensevelie dans la vase 
glaciale d’un étang du Pas-de-Calais. 
Monsieur Ouine est partout ! Monsieur 
Ouine est partout ! Monsieur Ouine se 
porte bien ! Il est le ressuscité des 
ordinateurs, les robots qui ne disent 
plus rien d’autre que oui non oui non 
oui non oui oui non non, qui marchent 
aux pas des lois : un deux un deux un 
deux un droite gauche droite gauche ! 
Logiciel, ça s’allume et ça s’éteint. 
 
Le tombeau de Georges Bernanos, c’est 
un grand trou noir dans le ciel bleu. 
 
Sous la lune ensanglantée, les grands 
cimetières prolifèrent. La France, la 
fille aînée de l’Église, tend la main 
aux peuples martyrisés par les bombes 
de fabrication française, les avions, 
les missiles, les roquettes, les obus 
de fabrication française. Bosnie, pan 
pan, Ruanda pan pan, couic couic. Les 
chairs. Le sang du Pauvre n’entre pas 
dans le calcul du CAC 40. La carte de 
crédit doit être présentée à la porte 
du club libéral. SDF, SVP, circulez ! 
   
Le tombeau de Georges Bernanos, c’est 
un grand trou noir dans le ciel bleu. 
 
[…] 
 

Lucien Suel, Petite Ourse de la Pauvreté, Dernier Télégramme, 2012, pp. 13 et 14.  
 
Lucien Suel dans Poezibao : 
Bio-bibliographie, « Lecture » poétique 23, extrait 1, Mort d’un jardinier, (par FT), Mort d’un jardinier (par B. Moreau), Les Versets de la bière (par JP Dubost), un entretien avec S. Courtoux 

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