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Walt Whitman : choix de textes

avril 9, 2012


Choix de textes

POÈTES A VENIR

Poètes à venir ! orateurs, chanteurs, musiciens à venir !
Ce n’est pas aujourd’hui à me justifier et répondre qui je suis,
Mais vous, une nouvelle génération, pure, puissante, continentale, plus grande qu’on ait jamais vu,
Levez-vous ! Car vous devez me justifier.
Moi, je n’écris qu’un ou deux mots indicatifs pour l’avenir ;
Moi, j’avance un instant et seulement pour tourner et courir arrière dans les ténèbres.
Je suis un homme qui flânant le long, sans bien s’arrêter, tourne par hasard un regard vers vous et puis se détourne.
Vous laissant le soin de l’examiner et de le définir,
En attendant de vous le principal.
(traduction Jules Laforgue)

POÈTES DE L’AVENIR
Poètes de l’avenir! orateurs, chanteurs, musiciens l’avenir!
Ce n’est pas à moi maintenant de justifier ni répond qui je suis,
Ce sera à vous, la classe nouvelle, indigène, athlétique continentale, plus grande jamais vue,
De vous dresser et me justifier, oui à vous!

Moi je n’ai guère écrit qu’un ou deux mots d’indication
pour le futur, Je ne me suis avancé au mieux qu’une petite seconde
avant de pivoter et rentrer dans l’ombre.
Je suis l’homme qui flânant sans cesse sans jamais
s’arrêter vous lance au passage un regard puis s’est détourné,
Vous laissant soin d’éprouver ce regard, de le définir,
J’attends de vous l’essentiel.
(Traduction Jacques Darras) Poésie-Gallimard
*

Chant de moi-même (extrait)

Je me célèbre moi,
Et mes vérités seront tes vérités,
Car tout atome qui m’appartient t’appartient aussi à toi.
Je paresse et invite mon âme,
Je me penche et paresse à mon aise . . . . tout à la contemplation d’un brin d’herbe d’été.
Maisons et pièces regorgent de mille parfums . . . . les étagères débordent de parfums,
J’en respire moi-même l’arôme, je le connais et je l’aime,
Cette quintessence pourrait m’enivrer à mon tour, mais je saurai lui résister.
L’air n’est pas un parfum . . . . il n’a pas goût de cette quintessence . . . . il est inodore,
Il s’offre éternellement à ma bouche . . . . j’en suis épris,
Je veux aller sur le talus près du bois, j’ôterai mon déguisement et me mettrai nu,
Je brûle de sentir son contact.
La buée de mon propre souffle,
Échos, clapotis et murmures feutrés . . . . racine d’amour, fil de soie, fourche et vigne,
Mon expiration et mon inspiration. . . . . les battements de mon cœur . . . . le passage du sang et de l’air dans mes poumons,
L’odeur des feuilles vertes et des feuilles sèches, du rivage et des rochers sombres de la mer, du foin dans la grange,
Le son des mots éructés par ma voix . . . . mots livrés aux tourbillons du vent,
Des baisers à la dérobade . . . . quelques étreintes . . . . des bras qui enlacent,
Le jeu de la lumière et de l’ombre sur les arbres aux branches souples qui ondulent,
Traduction Éric Athenot de l’édition de 1855 éditions José Corti

À travers moi maintes voix longtemps muettes,
Voix des interminables générations d’esclaves,
Voix des prostituées et des mal formés,
Voix des malades, des désespérés, des nains
Voix des cycles de préparation et d’accroissement,
Et des fils qui relient les étoiles – des matrices et de la semence des pères,
Et des droits de ceux qu’on accable,
Et des falots, ternes, sots et méprisés,
Du brouillard qui flotte dans l’air et des scarabées qui poussent leur boule de fumier.
À travers moi voix proscrites,
Voix des sexes et de leurs désirs…
Voix voilées, dont j’écarte le voile,
Voix indécentes par moi clarifiées et transfigurées.
Je ne mets pas mon doigt sur mes lèvres,
Je prête un aussi grand soin aux boyaux qu’à la tête et au cœur,
Le coït ne m’est en rien plus vil que la mort.
Je crois à la chair et à ses appétits,
Voir entendre et toucher sont miracles, et miracle est la moindre parcelle de moi.
Traduction Éric Athenot de l’édition de 1855 éditions José Corti

*

ADIEU MON INVENTION!

Adieu mon Invention! Au revoir ma petite amie, mon amour tendre!
Je m’en vais, je ne sais pas où,
Vers quelle fortune, je ne sais pas si je te reverrai,
Adieu, donc, mon Invention.

Une dernière fois – laisse-moi regarder en arrière.
Le tic-tac de plus en plus faible plus lent de l’horloge est en moi,
La sortie, la nuit qui tombe, le bruit du cœur tout au bon de cesser.

Longtemps nous avons vécu, dans la joie, les caresses mutuelles;
Ah! quel plaisir – c’est l’heure de nous quitter – Adieu mon Invention!
Non, je ne veux rien précipiter,
Nous avons depuis si longtemps vécu, dormi en osmose ensemble, fusionné nos deux en un;
Si nous mourons nous mourons ensemble (donc nous serons toujours un),
Si nous allons quelque part nous irons ensemble au-devant de l’inconnu,
Qui sait si nous ne serons pas plus heureux plus joyeux, dans la découverte,
Qui sait si tu n’es pas en train de me conduire vers des chants plus vrais (oui qui sait ?)
Qui sait si ça n’est pas toi le bouton de porte de la mort
qui s’ouvre qui tourne alors à la fin,
Adieu et bonjour mon Invention !
(Traduction Jacques Darras) Poésie-Gallimard

________________________________________

Bibliographie

Feuilles d’herbe : (1855) de Walt Whitman , Eric Athenot (Traduction) José Corti 2008
Feuilles d’herbe (Poche) de Walt Whitman, Jacques Darras (Traduction) Poésie Gallimard 2002


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