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« De l’humain pour les migrants » : Appel de Jean Leznod

avril 25, 2017

De l’humain pour les migrants

Hier on les appelait les exilés, les réfugiés, politiques, économiques, aujourd’hui ce sont les migrants.

Mais avant tout,il s’agit d’hommes, de femmes et d’enfants fuyant la barbarie et qui arrivent meurtrisquand ils ne meurent pas dans un périple inhumain.

À travers un recueil d’œuvres dont l’objectif est double, vivre et relayer ce message un collectif d’auteurs, poètes et artistes, qui ne peuvent se taire, s’engagent pour leur rendre hommage.

Jean Leznod, poète

Alain Nahum "les porteurs"
(Alain Nahum : les porteurs)

* Aux auteurs, artistes, poètes, créateurs, si vous souhaitez nous rejoindre, vous pouvez communiquer vos textes ou des photographies de vos œuvres à l’adresse suivante jean.leznod@gmail.com ou sur le groupe créé sur Facebook à cet effet.

** Médias, associations, aidez-nous dans la diffusion de ce message en publiant ce communiqué, accompagné si vous le souhaitez, d’un ou plusieurs textes et œuvres du recueil.

** Les auteurs poètes et artistes contributeurs à date :  Adibess Adibess, Alain Abanda, Alain Morinais, Alain Nahum, Alexo Xenidis, Ananda Doe, André Orphal, Anna Maria Caroline Celli, Anne Stella, Anne-Marie Joubert-Gaillard, Bruno Adjignon, Christine Angelini, Christine Tamèr, Christophe Bregaint, Claire Lewis, Colette Daviles-Estinès, Dana Lang, Daniel Nallade, Daniele Labranche, Delphine Burnod, Dominique Chauvel, Elias Khanme, Emilje Nothardt, Evelyne Charasse, Florence Noël, Griselda Alicia Soriano Chiesa, Hans Limon , Henri-Louis Pallen, Jacques Kerzanet, Jean Diharsce, Jean Leznod, Jean-Claude Crommelynck, Jean-Claude Goiri, Jean-Denis Bonan, Jean-François Declercq, Jennifer Lavallé, Joëlle Pétillot, Khalice Jade , Lammari Hafida, Laure Mitrani, Lazare Fédérovsky, Lise de Courdes, Magois Patrick, Maissa Boutiche, Maria Giannakaki, Marie Volta, Marie-France Lemains Yondo, Marie-José Pascal, Mɑthilde Collonges, Mél Bué, Michel le Gras, Mouina El Achari Zayna, Muriel Thirion, Murielle Compère-Demarcy, Nadia Messari, Nicole Barriere, Norbert Nessim Journo, Pascal Hermouet, Patrick Berta Forgas, Patrick Peronne, Pierre Pages, Pierre Rode, Pilatom Remicasse, Régine Taront, Rio Di Maria, Robert Notenboom, Roland Bullman, Sonia Eismmann Nussmann Sautour, Sophie Brassart, Suelena Noguer, Tiphaine Ossieux

Poesimuziketc, soutient cette initiative :

Parce que comme disait Jean Céard le poète « vit plus intensément qu’autrui le malheur de l’existence humaine », parce que la poésie a toujours été en résistance, poesiemuziketc, blog de toutes les poésies, soutient cette initiative et publiera dans les semaines qui suivent des extraits du recueil à paraître.

Les revues qui soutiennent l’initiative :

Festival Permanent des mots

Revue Infusion

Le Capital des Mots

FUTUR ÉTERNEL DE SUBSTITUTION ( Philippe Muray / Bertrand Louis)

avril 24, 2017

Gaston Bachelard : « LA POÉTIQUE DE L’ESPACE » extraits (1ere Partie)

avril 24, 2017


Gaston Bachelard LA POÉTIQUE DE L’ESPACE extraits

INTRODUCTION (extraits)

« Il faut être présent, présent à l’image dans la minute de l’image : s’il y a une philosophie de la poésie, cette philosophie doit naître et renaître à l’occasion d’un vers dominant, dans l’adhésion totale à une image isolée, très précisément dans l’extase même de la nouveauté d’image. L’image poétique est un soudain relief du psychisme, relief mal étudié dans des causalités psychologiques subalternes. Rien non plus de général et de coordonné ne peut servir de base à une philosophie de la poésie. .La notion de principe, la notion de « base » serait ici ruineuse. Elle bloquerait l’essentielle actualité, l’essentielle nouveauté psychique du poème. Alors que la réflexion philosophique s’exerçant sur une pensée scientifique longuement travaillée doit demander que la nouvelle idée s’intègre à un corps d’idées éprouvées, même si ce corps d’idées est astreint, par la nouvelle idée, à un remaniement profond, comme c’est le cas dans toutes les révolutions de la science contemporaine, la philosophie de la poésie doit reconnaître que l’acte poétique n’a pas de passé, du moins pas de passé proche le long duquel on pourrait suivre sa préparation et son avènement. »
[…]
[…]
« Quand, par la suite, nous aurons à faire mention du rapport d’une image poétique nouvelle et d’un archétype dormant au fond de l’inconscient, il nous faudra faire comprendre que ce rapport n’est pas, à proprement parler, causal. L’image poétique n’est pas soumise à une poussée. Elle n’est pas l’écho d’un passé. C’est plutôt l’inverse : par l’éclat d’une image, le passé lointain résonne d’échos et l’on ne voit guère à quelle profondeur ces échos vont, se répercuter et s’éteindre. Dans sa nouveauté, dans son activité, l’image poétique a un être propre, un dynamisme propre. Elle relève d’une ontologie directe. C’est à cette ontologie que nous voulons travailler. »
[…]
[…]
« Le poète ne me confère pas le passé de son image et cependant son image prend tout de suite racine en moi. La communicabilité d’une image singulière est un fait de grande signification ontologique » […]Certes on peut, dans des recherches psychologiques, donner une attention aux méthodes psychanalytiques pour déterminer la personnalité d’un poète, on peut trouver ainsi une mesure des pressions — surtout de l’oppression — qu’un poète a dû subir dans le cours de sa vie, mais l’acte poétique, l’image soudaine, la flambée de l’être dans l’imagination, échappent à de telles enquêtes »
[…]
[…]
« L’image poétique est en effet essentiellement variationnelle. Elle n’est pas, comme le concept, constitutive. Sans doute, la tâche est rude — quoique monotone — de dégager l’action mutante de l’imagination poétique dans le détail des variations des images. Pour un lecteur de poèmes, l’appel à une doctrine qui porte le nom, si souvent mal compris, de phénoménologie, risque donc de ne pas être entendu. Pourtant, en dehors de toute doctrine, cet appel est clair : on demande au lecteur de poèmes de ne pas prendre une image comme un objet, encore moins comme un substitut d’objet, mais d’en saisir la réalité spécifique. Il faut pour cela associer systématiquement, l’acte de la conscience donatrice au produit le plus fugace de la conscience : l’image poétique »
[…]
[…]
« L’image, dans sa simplicité, n’a pas besoin d’un savoir. Elle est le bien d’une conscience naïve. En son expression, elle est jeune langage. Le poète, en la nouveauté de ses images, est toujours origine de langage »
[…]
[…]
« Mais puisqu’une philosophie de la poésie doit recevoir toutes les puissances du vocabulaire, elle ne doit rien simplifier, rien durcir. Pour une telle philosophie, esprit et âme ne sont pas synonymes. En les prenant en synonymie, on s’interdit, de traduire des textes précieux, on déforme des documents livrés par l’archéologie des images. Le mot âme est un mot immortel. Dans certains poèmes, il est ineffaçable. C’est un mot du souffle . À elle seule l’importance vocale d’un mot doit retenir l’attention d’un phénoménologue de la poésie. Le mot âme peut être dit poétiquement avec une telle conviction qu’il engage tout un poème. Le registre poétique qui correspond à l’âme doit donc rester ouvert, à nos enquêtes phénoménologiques. »
[…]
[…]
« En bien des circonstances, on doit reconnaître que la poésie est un engagement de l’âme. La conscience associée à l’âme est plus reposée, moins intentionnalisée que la conscience associée aux phénomènes de l’esprit. Dans les poèmes se manifestent des forces qui ne passent pas par les circuits d’un savoir. Les dialectiques de l’inspiration et, du talent s’éclairent si l’on en considère les deux pôles : l’âme et l’esprit. À notre avis, âme et esprit sont indispensables pour étudier les phénomènes de l’image poétique, en leurs diverses nuances, pour suivre surtout l’évolution des images poétiques depuis la rêverie jusqu’à l’exécution. En particulier, c’est en tant que phénoménologie de l’âme que nous étudierons, dans un autre ouvrage, la rêverie poétique. À elle seule, la rêverie est une instance psychique qu’on confond trop souvent avec le rêve. Mais quand il s’agit d’une rêverie poétique, d’une rêverie qui jouit non seulement d’elle-même, mais qui prépare pour d’autres âmes des jouissances poétiques, on sait bien qu’on n’est plus sur la pente des somnolences. L’esprit peut connaitre une détente, mais dans la rêverie poétique, l’âme veille, sans tension, reposée et active. Pour faire un poème complet, bien structuré, il faudra que l’esprit le préfigure en des projets. Mais pour une simple image poétique, il n’y a pas de projet, il n’y faut qu’un mouvement de l’âme. En une image poétique l’âme dit sa présence. »
[…]
[…]
« Et, c’est ainsi qu’un poète pose le problème phénoménologique de l’âme en toute clarté. Pierre-Jean Jouve écrit: « La poésie est une âme inaugurant une forme ». (Pierre-Jean JOUVE, En miroir, éd. Mercure de France, p. 11) L’âme inaugure. Elle est ici puissance première. Elle est dignité humaine. Même si la « forme » était connue, perçue, taillée dans les « lieux communs », elle était avant la lumière poétique intérieure un simple objet pour l’esprit. Mais l’âme vient inaugurer la forme, l’habiter, s’y complaire. La phrase de Pierre-Jean Jouve peut donc être prise comme une claire maxime d’une phénoménologie de l’âme. »
[…]
[…]

«Puisqu’elle prétend aller aussi loin, descendre aussi profondément, une enquête phénoménologique sur la poésie doit dépasser, par obligation de méthodes, les résonances sentimentales avec lesquelles, plus ou moins richement — que cette richesse soit en nous ou bien dans le poème — nous recevons l’œuvre d’art. C’est ici que doit être sensibilisé le doublet phénoménologique des résonances et du retentissement. Les résonances se dispersent sur les différents plans de notre vie dans le monde, le retentissement nous appelle à un approfondissement de notre propre existence. Dans la résonance, nous entendons le poème, dans le retentissement nous le parlons, il est nôtre. Le retentissement opère un virement d’être. Il semble que l’être du poète soit notre être. La multiplicité des résonances sort alors de l’unité d’être du retentissement. Plus simplement dit, nous touchons là une impression bien connue de tout lecteur passionné de poèmes : le poème nous prend tout entier. Cette saisie de l’être par la poésie a une marque phénoménologique qui ne trompe pas. »
[…]
[…]
« C’est le retentissement que nous pourrons éprouver des résonances des répercussions sentimentales, des rappels de notre passé. Mais l’image a touché les profondeurs avant d’émouvoir la surface. Et cela est vrai dans une simple expérience de lecteur. Cette image que la lecture du poème nous offre, la voici qui devient vraiment nôtre. Elle prend racine en nous-mêmes. Nous l’avons reçue, mais nous naissons à l’impression que nous aurions pu la créer, que nous aurions dû la créer. Elle devient un être nouveau de notre langage, elle nous exprime en nous faisant ce qu’elle exprime, autrement dit elle est à la fois un devenir d’expression et un devenir de notre être. Ici, l’expression crée de l’être. »
[…]
[…]
« Ainsi l’image poétique, événement du logos, nous est personnellement novatrice. Nous ne la prenons plus comme un « objet ». Nous sentons que l’attitude « objective » du critique étouffe le « retentissement », refuse, par principe, cette profondeur où doit prendre son départ le phénomène poétique primitif. Et quant au psychologue, il est assourdi par les résonances et veut sans cesse décrire ses sentiments. »
[…]
[…]
« Nous en arrivons donc toujours à la même conclusion : la nouveauté essentielle de l’image poétique pose le problème de la créativité de l’être parlant. Par cette créativité, la conscience imaginante se trouve être, très simplement mais très purement, une origine. C’est à dégager cette valeur d’origine de diverses images poétiques que doit s’attacher, dans une étude de l’imagination, une phénoménologie de l’imagination poétique. »
[…]
[…]
« une image poétique, rien ne la prépare, surtout pas la culture, dans le mode littéraire, surtout pas la perception, dans le mode psychologique.

Nous en arrivons donc toujours à la même conclusion : la nouveauté essentielle de l’image poétique pose le problème de la créativité de l’être parlant. Par cette créativité, la conscience imaginante se trouve être, très simplement mais très purement, une origine. C’est à dégager cette valeur d’origine de diverses images poétiques que doit s’attacher, dans une étude de l’imagination, une phénoménologie de l’imagination poétique. »
[…]
[…]
«Quant à nous, adonné à la lecture heureuse, nous ne lisons, nous ne relisons que ce qui nous plaît, avec un petit orgueil de lecture mêlé à beaucoup d’enthousiasme. Alors que l’orgueil se développe d’habitude en un sentiment massif qui pèse sur tout le psychisme, la pointe d’orgueil qui naît de l’adhésion à un bonheur d’image, reste discrète, secrète. Elle est en nous, simples lecteurs, pour nous, rien que pour nous. C’est de l’orgueil en chambre. Personne ne sait qu’en lisant nous revivons nos tentations d’être poète. Tout lecteur, un peu passionné de lecture, nourrit et refoule, par la lecture, un désir d’être écrivain. Quand la page lue est trop belle, la modestie refoule ce désir. Mais le désir renaît. De toute façon, tout lecteur qui relit une œuvre qu’il aime sait que les pages aimées le concernent.»
[…]
[…]
« Du moins, le lecteur participe à cette joie de création que Bergson donne comme le signe de la création . Ici, la création se produit sur le fil ténu de la phrase, dans la vie éphémère d’une expression. Mais cette expression poétique, tout en n’ayant pas une nécessité vitale, est tout de même une tonification de la vie. Le bien dire est un élément du bien vivre. L’image poétique est une émergence du langage, elle est toujours un peu au-dessus du langage signifiant. À vivre les poèmes on a donc l’expérience salutaire de l’émergence. C’est la sans doute de l’émergence à petite portée. Mais ces émergences se renouvellent ; la poésie met le langage en état d’émergence. La vie s’y désigne par sa vivacité. Ces élans linguistiques qui sortent de la ligne ordinaire du langage pragmatique sont des miniatures de l’élan vital. »
[…]
[…]
« Ainsi, à côté des considérations sur la vie des mots telle qu’elle apparaît dans l’évolution d’une langue à travers les siècles, l’image poétique nous présente, dans le style du mathématicien, une sorte de différentielle de cette évolution. Un grand vers peut avoir une grande influence sur l’âme d’une langue. Il réveille des images effacées. Et en même temps il sanctionne l’imprévisibilité de la parole. Rendre imprévisible la parole n’est-il pas un apprentissage de la liberté ? Quel charme l’imagination poétique trouve à se jouer des censures ! Jadis, les Arts poétiques codifiaient les licences. Mais la poésie contemporaine a mis la liberté dans le corps même du langage. La poésie apparaît alors comme un phénomène de la liberté. »
[…]
[…]
«Mais la poésie est là, avec ses milliers d’images de jet, d’images par lesquelles l’imagination créatrice s’installe dans son propre domaine.

Chercher des antécédents à une image, alors qu’on est dans l’existence même de l’image, c’est, pour un phénoménologue, une marque invétérée de psychologisme. Prenons, au contraire, l’image poétique en son être. La conscience poétique est si totalement absorbée par l’image qui apparaît sur le langage, au-dessus du langage habituel, elle parle, avec l’image poétique, un langage si nouveau qu’on ne peut plus envisager utilement des corrélations entre le passé et le présent. Nous donnerons par la suite des exemples de telles ruptures de signification, de sensation, de sentimentalité, qu’il faudra bien nous accorder que l’image poétique est sous le signe d’un être nouveau.

Cet être nouveau, c’est l’homme heureux.

Heureux en parole, donc malheureux en fait, objectera tout de suite le psychanalyste. Pour lui, la sublimation n’est qu’une compensation verticale, une fuite vers la hauteur, exactement comme la compensation est une fuite latérale. Et aussitôt, le psychanalyste quitte l’étude ontologique de l’image ; il creuse l’histoire d’un homme ; il voit, il montre les souffrances secrètes du poète. Il explique la fleur par l’engrais.

Le phénoménologue ne va pas si loin. Pour lui, l’image est là, la parole parle, la parole du poète lui parle. Nul besoin d’avoir vécu les souffrances du poète pour prendre le bonheur de parole offert par le poète — bonheur de parole qui domine le drame [13] même. La sublimation, dans la poésie, surplombe la psychologie de l’âme terrestrement malheureuse. C’est un fait : la poésie a un bonheur qui lui est propre, quelque drame qu’elle soit amenée à illustrer.»
[…]
[…]
« La poésie, dans sa surprenante démarche actuelle surtout, (ne peut) correspondre qu’à des pensées attentives, éprises de quelque chose d’inconnu et essentiellement ouvertes au devenir. » (« Pierre-Jean JOUVE, En Miroir, éd. du Mercure de France)

Dès lors, une nouvelle définition du poète est en vue. C’est celui qui connaît, c’est-à-dire qui transcende, et qui nomme ce qu’il connaît. » « Il n’y a pas poésie s’il n’y a pas absolue création. » (« Pierre-Jean JOUVE, En Miroir, éd. du Mercure de France)

Une telle poésie est rare . En sa grande masse, la poésie est plus mêlée aux passions, plus psychologisée. Mais ici la rareté, l’exception, ne vient pas confirmer la règle, mais la contredire et instaurer un régime nouveau. Sans la région de la sublimation absolue — quelque restreinte et élevée qu’elle soit, même si elle semble hors de portée à des psychologues ou à des psychanalystes — qui n’ont pas, après tout, à examiner la poésie pure — on ne peut révéler la polarité exacte de la poésie.»
[…]
[…]
« En poésie, le non-savoir est une condition première ; s’il y a métier chez le poète c’est dans la tâche subalterne d’associer des images. Mais la vie de l’image est toute dans sa fulgurance, dans ce fait qu’une image est un dépassement de toutes les données de la sensibilité. »
[…]
[…]
« Mais, touchant plus simplement les problèmes de l’imagination poétique, il est impossible de recevoir le gain psychique de la poésie sans faire coopérer ces deux fonctions du psychisme humain : fonction du réel et fonction de l’irréel. Une véritable cure de rythmanalyse nous est offerte par le poème qui tisse le réel et l’irréel, qui dynamise le langage par la double activité de la signification et de la poésie. Et dans la poésie, l’engagement de l’être imaginant est tel qu’il n’est plus le simple sujet du verbe s’adapter. Les conditions réelles ne sont plus déterminantes. Avec la poésie, l’imagination se place dans la marge où précisément la fonction de l’irréel vient séduire ou inquiéter — toujours réveiller — l’être endormi dans ses automatismes. Le plus insidieux des automatismes, l’automatisme du langage ne fonctionne plus quand on est entré dans le domaine de la sublimation pure»
[…]
[…]
« Mais les images ne s’accommodent guère des idées tranquilles, ni surtout des idées définitives. Sans cesse l’imagination imagine et s’enrichit de nouvelles images. C’est cette richesse d’être imaginé que nous voudrions explorer. »

Rouben Melik, choix de textes

avril 24, 2017



Comme une enfant sourde et muette
Dans l’air quels signes traçais tu ?
Suivais tu le vol d’alouette
Ou le nuage au vent têtu ?

Que longtemps la main fut vivante
A former tout le poids d’un mot…
Quelle absence dans la voix chante
Et change le cri en sanglot ?

A travers l’épaisseur des vitres
Où tu répandais tes cheveux
Tu divisais en ses chapitres
Un défilé silencieux.

Les gens longtemps passaient sans gestes
Et tu ne les comprenais pas
Cherchant après eux ce qui reste
La trace invisible des pas…

Tu posais tes doigts sur la bouche
Comme sur le froid d’un miroir
Aucune image ne les touche
Ni vient en eux s’y recevoir.

Au coeur pourtant cette parole
Qui jamais en saura l’accord ?
Dans tes yeux la lumière folle
Pour en finir avec la mort.


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Poème extrait de Accords du monde

De longs jours
J’ai dormi de longs jours, frères mes mains sont blanches,
De longs jours sans malheurs cassés par de longs murs,
Et les nuits, j’ai joué, frères mes mains sont blanches,
J’ai joué le sourire aux sourires plus purs
Et si mahaine est à son comble et ma colère,
Et si la terre est à son comble et mon amour,
Et si le ciel est à son comble et ma colère,
J’ai laissé ma parole aux barreaux du désert,
Et les nuits, j’ai laissé, frères vos mains sont blanches,
Le pauvre a son silence et le riche a ses fers,
J’ai marché de longs jours, frères vos mains sont blanches.

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Extrait de à l’Opéra de notre joie …

On ne peut pas tuer la vie
On ne peut pas tuer une âme
Voyez mes mains elles sont nues
Elles étaient pour les caresses
Mais meurtriers ce qui me tue
Ne pourra pas tuer mon âme.

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Poème extrait de Accords du monde, 1946

Rêve
Ce rêve entre vos cils, vos mains vont le saisir;
Entre vos lèvres l’ombre est à peine un désir
A peine un baiser l’heure où la nuit commence
A peine un souvenir l’heure de ce silence

C’est à peine une plaine où vos mains vont mourir
Au bout de l’horizon où tremblent vos paupières,
Mais c’est à peine encore un geste de lumière
Ce rêve inaperçu devenu souvenir.

Du côté paresseux de l’ombre agonisante
Les villes vont cacher vos mains, ma pénitente,
Ces rires nus aux pas des inconnus,
A peine entre vos mains, ces souvenirs perdus.

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Poème extrait du recueil « Sonnets d’un pays nocturne »

Au delà du miroir, autre part qu’un visage
Le bris d’une coquille, un tremblement de vide
Un regard apeuré sur l’apprêt d’une ride
Et le balancement soudain d’un paysage

Chemins tant parcourus, escaliers par étage
Tant montés que le souffle est un peu plus aride,
Pas dans les pas comptés sur la marche timide
Et le vertige d’être enfermé dans la cage.

Un coeur n’est plus le même à battre sans mesure
Dans le corps accepté qui forme son usure
Sur les murs agrandis du même appartement.

La chaise basculante où le chat se prépare
A sauter sur l’horloge approche et puis sépare
Une main d’une main, un corps d’un corps aimant.

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Extrait du poème « Le veilleur de pierre »

« Tout un peuple est en moi depuis l’évènement
Que l’histoire a marqué comme un fatal emblème,
Depuis la clameur sourde où s’éleva dément
Comme un chant de douleur le cri de l’anathème

Peuple en moi que je porte en sa diversité,
Son nom le dit, qui vient des pages du vieux livre,
De retourner au temps, non à l’éternité,
Le long murissement du mal qui le délivre.

J’en sais, mon no le dit, autant qu’ils ont pleuré
En marche lentement dans les déserts ultimes
Où plus rien ne les guide autrement figuré
Que par la faim, la soif, sans rien qui les ranime,

Sans rien pour les couvrir autrement qu’un linceul
Largement étendu comme un troupeau qui beugle
Au coucher du soleil de se sentir plus seul.
Autant qu’ils ont pleuré mes yeux en sont aveugles.

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ÉLÉGIE 12

Sois la semblance en moi de l’amour que tu fus
Sans passé ma vivante à jamais à ne croire
Où sera de t’attendre après quoi le refus
Après toi me rassemble au passé sans mémoire

À n’être en moi que toi. Sois la semblante en moi
De qui ne meurt ne sait de quel amour pour quelle
Attente que sera l’autre amour sans mémoi
re après moi sans passé. Qui sera l’autre qu’elle

À quel moment de moi la double part de la
Mémoire où je la traîne en moi ? Sois le partage
En moi la ressemblance et la mort au-delà
D’avoir été sans l’autre amour et ni l’otage

Après moi de ta mort. Je me viendrai de toi
Par des chemins de terre où tu seras passée
Avant cela qui fut un tremblement d’étoi
le à travers ton absence et la mort caressée

.
.
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Amicale des travailleurs

C’est entre gens du voisinage
À se passer le pain le sel
Dans cette offrande et ce partage
Que l’amitié se fait noël

Pour le plaisir de la rencontre
Où la parole est de bon jour
Sans regarder l’heure à sa montre
À chaque instant pour couper court

Et s’en aller, en sourde oreille
À qui raconte un peu son cœur
En murmurant peine pareille
Que depuis hier il est chômeur

..
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Amicale de la Résistance

C’est entre amis dans la cellule
Où sont parqués les partisans
Que se murmure et que s’y brûle
La lettre écrite avant le temps

Que dos au mur, les yeux bandés,
Soit fusillé leur camarade
La tête haute en sa parade
Où sont au jeu jetés les dés

Sur le plateau d’une balance
Où la justice est sans raison
De mettre au feu les mots que lance
Un chant montant de la prison

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HIVER

 

Ce bruit de portes ma mémoire

Comme on s’y fait de vivre mal.

Que ce soit l’orgue d’une foire

Ou la fleur de tulle d’un bal

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Rouben Mélik

Né en 1921 à Paris, d’ascendance arménienne. Ses poèmes des années 1942-1984 ont été réunis dans La procession (1984). Il a publié depuis Ce peu d’espace entre les mots (1989), L’ordinaire du jour (1989), Un peu de sel sous les paupières ( 1994).

Son père, Levon Mélik Minassiantz, arrive en France avec sa famille en 1883, à l’âge de cinq ans. Il est issu d’une famille d’orfèvres arméniens anoblis à la cour du Shah de Perse (Mélik : prince en persan). Levon est prisonnier de guerre pendant la guerre de 1914-1918. La mère de Rouben, Eraniak (espérance en arménien), professeur en Géorgie, accompagne son mari en France après son mariage en 1920. La famille, qui bénéficie d’une certaine aisance, s’installe à Montmartre (XVIIIe arrondissement), quartier où naît Rouben l’année suivante.

 

Dès juillet 1940 à la Sorbonne, circulent des textes et des tracts contre la collaboration, signés par l’Union des Étudiants et Lycéens communistes, .

Son ami Olivier Souef est arrêté en novembre 1940 ; il mourra en déportation à Auschwitz en 1942. L’Université, les étudiants et les professeurs sont sous haute surveillance. Il fallait « mettre au pas l’intelligence française »

En 1944 Rouben Mélik est membre du Comité de Libération du 18e arrondissement de Paris aux côtés des communistes.

En 1945, il est l’un des fondateurs de la Jeunesse Arménienne de France regroupant les associations arméniennes issues de la Résistance ; il en est le premier secrétaire national et dirige le journal Arménia.

Rouben Mélik nous a quittés, certes, mais il est là plus que jamais par son chant continu qu’il nous a dispensé généreusement de poèmes en poèmes, d’ « A l’Opéra de notre Joie » à « Christophe Colomb », de « Lynch » à « Le Veilleur de Pierre », de « Le Poème Arbitraire » à « La Procession » (Poésie 1942-1984) et les poèmes de 1989 à 1994 réunis dans le recueil « En Pays Partagé », et d’autres encore… Tout ce flux, ce chant continuellement repris, cette harmonie souveraine, c’est aussi notre patrimoine, comme celui de tous.

Poèmes

Variations de triptyques, Les Cahiers de France (1941)
Accords du monde, Debresse (1945)
Passeurs d’horizons, Journal des Poètes (1948)
Madame Lorelei avec un dessin d’Edgar Melik, Réclame (1949)
À l’Opéra de notre joie, Seghers (1950)
Christophe Colomb, S.N.E (1952)
Lynch, avec des dessins d’O. Harrington, Seghers (1954)
Où le sang a coulé, avec un dessin de Jansem, Seghers N.E.D (1955)
Le temps de vie, Rougerie (1957)
Le chant réuni, choix de poèmes, Seghers (1959)
Le veilleur de pierre, avec une gravure d’Abram Krol, Oswald (1961)
Saisons souterraines, avec une gravure et des dessins d’Espinouze, Rougerie (1962)
Le poème arbitraire, avec une gravure d’Orlando Pélayo, Rougerie, (1966)
Le chant réuni II, choix de poèmes, Seghers (1967)
Ce corps vivant de moi, avec des dessins d’Abram Krol, Temps Actuels, collection « La Petite sirène » (1976)
Christophe Colomb, avec une gravure et des dessins d’Abidine, tirage en sérigraphie, Qui Vive (1983)
La Procession – Poésies 1942-1984, Messidor / Temps Actuels et Rougerie (1984)
L’ordinaire du jour, avec une gravure de Robert Groborne, Motus (1989)
Ce peu d’espace entre les mots, avec dessin et gravure de Carzou, Europe Poésie / Écrits des Forges (1989)
Un peu de sel sous les paupières, avec une gravure d’Abram Krol, Rougerie (1996)
En pays partagé – Poèmes 1989-1994, avec des dessins d’Eugénie Ajamian, Le Temps des Cerises(2000)

Sandra LILLO, choix de textes

avril 24, 2017



Sandra LILLO, choix de textes

Ta part d’incertitude t’avale
Les jours sont des discussions
sans fin avec ceux qui sont
partis

La nuit frôle le plafond
le jaune des oreillers

il ne reste que des poissons
à la surface tes bulles pensées

déjà dans la cour du collège à l’aube
ils ne laissaient que leur ombre à aimer

.

.

Les fenêtres sont ouvertes sur les
rues calmes

Tu as froid aux paumes
Personne ne comprend

que la nuit
on les entend nous compter

.

.

Le café tiédit le tramway siffle sur
les rails

Tu trembles
de tout ce à quoi tu as échappé

les braises meurent dans le fournil bleu
du ciel

Tu es fais du ressac des marées

pour les lumières aux fenêtres qui soulèvent
le sable des plages

Le monde enterre les lanternes

.

.

Petit matin

ta main sur le bol en verre de
la cafetière
le soleil éclot par saccades
de la fenêtre à la table

On ne parle pas
Hier on a éteint tard

tu m’as dit
faire l’amour aide à s’endormir

.

.

Le soir glisse sous les portes

Il fait jour sur la table les verres
c’est à nouveau ton pas dans le
jardin

Il fait jour sur la table la lumière
baisse
le jardin est muet entre les marres
d’ombres

Les fantômes déposent leur veste sur le
dossier des chaises

les soirs de printemps

ne font qu’un des étoiles et de
l’eau

de la chance
du regret

.

.

Mars
premier jour du printemps

Les oiseaux chantent à cinq heures

il reste des plumes de nuages sur les
ardoises

Tu penses à lui dans la rame du
tramway qui part vers Hôtel Dieu

il répond comme un peuple perdu qui
chante au fond de toi

Mélanie Romain, choix de textes

avril 24, 2017


Le regard IVRE

Comme nos yeux nous trahissent
Dans ce vent de sable lisse

Notre visage étourdi par la routine
Et vide d’avoir trop vu.

Maintenant qu’il demande le vrai
Hôte antique, il refuse le réel qui fond ses rêves.

Comme nos yeux trahissent nos pensées
Telle une lente jetée d’ancre noire.

Comme tu coules à vouloir trop savoir
Comme tu déverses tout ce que l’on t’a jeté.

*
*

Renaissance

L’infini tourne autour de toi planète en chantier!
Reviens vers nous avec tes secrets oubliés!

Emporte au loin chaque voyage passé
L’intemporelle, chante sa terre dévastée.

Nature des vains ornements du langage
Elle a fermé ses yeux à mer, avec rage

Et tout ce qu’il reste de ton univers
Se reflète étrangement dans les cieux.

Miroir ténébreux de Dame Nature
Tout coule et traverse le temps pur.

Ton sablier d’ocre transcende l’être
Métamorphosant la chose et le néant.

Quintessence du futur et du passé
Dans un nectar: l’ART de recycler.

Zéphir…déjà la Fata Morgana
Fée de la terre, admire ton Aurore.

Et les papiers sales dansent dans le vent
Seuls témoins d’une humanité d’antan.

Protège, vis et soigne tes parents
Terre, enfante le monde de demain.

Sans souvenirs d’une flore acide et désarmée.
Perces les mystères de la science éplorée

Avant que coule ta noire semence dans l’éternité!
À l’origine tout n’était qu’un fruit, une graine, un puit

Terre, eau, air, feu… elle pleure vos mensonges amers!
La vie est un éternel recommencement dans le maillon de la chaîne

Je suis marmotte et je suis lion, et j’aime voir l’eau ruisseler et frétiller Caressant les rayons tout puissant et brûlant, un morceau de blé

Un peu de pluie: Abondance… Cœur de la terre, croix de la vie!
Recommence à chaque fois le rituel naturel créateur…

Oh toi, le phénix des rivières et des champs de pierres.
L’innovateur tu es! Recycle ! Et la terre et l’art survivront!

*
*

Parricide ou le lamento du mendiant

Paris, je te hais, sous les ponts tu m’entraînes,
Tes odeurs nauséabondes me frappent et m’enchaînent
Au grouillement nerveux et superficiel de ton brouillard.
Mis en seine, plumes rouges, cœur noir, dénué d’espoir,
Les touristes novices en perdent leur couleurs,
Après s’être mélangé à la foule parisienne qui écœure.

Paris je te hais , sous les pavés tu attends ma haine
O sacré cœur de Pierre, tu me maudis , je peine
Mais tu ne m’auras jamais Paris, demain, je te fuis
Tes souvenirs ne seront que vitesse et infamie
Ton cadavre gris et hautain , je ne le mangerai pas
Et toi , tu ne vomiras plus tes craintes sur mon corps las
Tu ne feras plus de nous ces pantins sans âmes
Dénaturés, aigris, masqués de cernes et de larmes.

Paris je te hais , sous ton ciel il n’y a pas d’Eden,
Paris je te renie , tu m’étouffe à te croire reine,
Alors que ta tour …Enfer, n’est qu’un mâle
Hanté par mes blasphèmes , tu t’es vengé
Ennemi mal aimé, t’ayant trop souvent
Pansé, mais détesté…Paris l’a tué!

*
*

Autres textes , sur modèles Haïku:

Valse d’une lune absente
Adieu danses inconstantes
Tragédie de l’instant profond
Souffle et flotte le sang blanc
Comme une perle de nacre exilé…
Cratères insolents mais parfaits!

Lyre des muses
Muse des hommes
Ta création abyssale
Se reflète dans les cieux
Constellation éternelle…
De ton destin désiré
Qui n’a jamais eu lieu
Malheur à l’invisible qui éteint…

*
*


Papillon frivole
Des ailes qui tremblent, un destin qui se meurt, me veux tu?
Je rirais quoi qu’il en soit car j’ai peur!Alors le papillon
Soufflera sa joie, du bleu au rose, d’un arc en ciel qu’il n’aura pas
Pour cacher son corps noir,éphémère, il éspère
Encore et toujours que la jeunesse le libère
Des minutes volants les secondes des heures ne passeront pas
Effaçant le dessin merveilleux et léger qui illuminait
Les yeux de Dame Nature , qui elle, ne s’endort JAMAIS!
Le papillon ferme les yeux et laisse tomber l’artifice sur le sol
le corps fermé, les bras glissent semblables à la feuille morte tombée du ciel
Il a perdu l’optimisme des jours pluriels
Encore un battement d’aile, un air rieur , le voilà parti dans des songes infinis.
Erreur, il est un temps au delà des apparences vaines
De la profondeur du réel enfuit de peines.

*
*

Le reve du styx

Une chambre blanche et vide au fond d’un couloir
Une porte est fermée et pourtant tout le monde l’a ouverte
Plusieurs portes sont cachées dans cette porte qui mène à la clé,
Doucement s’entrouve mon corps à la porte devant un nouveau soir
Que je regarde comme s’il était midi, ou le matin par la fenêtre
Lentement je tourne la poignée mais voilà que la porte s’est retournée
La boussole de mon coeur me dit « viens » en me soulevant les mains
Une chambre blanche et vide au fond d’un couloir
Une porte ouverte et pourtant tout le monde l’a fermée
Une porte secrète s’est cachée dans la grande porte qui mène à la vérité
Subitement je ne parle plus , comme mon sang, je ressens un frisson d’art
Que j’ignore comme s’il était trop tôt ou trop tard pour envisager les « peut-être »,
Violemment je cours vers la porte pour attraper la poignée:
C’est une boussole que je tiens dans mes mains ensanglantées,
Aux creux desquelles se cachent mon coeur qui vient juste de s’arrêter.

*
*
Silence

Bruit des eaux, des sourdes âmes qui peinent à être comprises.
Je viens douce à ton attente dans un moment unique.
Infinie dans le ciel et immatérielle à ton invisibilité, ton âme ère.
Dans sa nature hantée, visible et insaisissable à mes paupières floutées;
Musique du néant , des fières âmes qui ne veulent pas être soumises au bruit,
Il vient se présenter à ton absence , muet dans tes espérances.
Enveloppe divine des vains ornements du langage. Il a fermé les yeux.
Et tous se souviennent de ce souffle externe et linéaire sans y songer.
Le son pris dans les vents , des lourdes armes inutiles de la voix grise.
Enchantée, hypnotisée par l’absence , par cette onde qui transcende l’esprit,
ton coeur brise chaque caresse en un onctueux mélange de mouvements inaudibles.
Passe et flotte, sous les règles élémentaires , les yeux brillent.
Ne pas dire. L’instant est calme et serein.
Comme les pensées sont apaisées et voilà qu’elles se reflètent dans le miroir de la nuit,
Par la puissance des soupçons , des suppositions … dans un seul silence.

*
*
Serpentine

La plus fauve des nues
Reine de la terre
La vénéneuse a enlisé ton âme
Et ton coeur ne bat plus.
Il s’est arrêté de fuir
Ses blessures
Serpentine, enlisée…
Ondule telle une fée
Serpentine a Sonné!

Attaché à la liane enchanteresse
A la couleuvre rouge
Que tout le monde connaît et appelle:
« La Brillante des ombres ».
Ta noirâtre lumière s’évade sur le calme lac de ton lit.
Vengeance! A jamais tu cries
Seule vraie vertu de l’Amour
Que de le détruire
Pour mieux le posséder
Cet amant de TOUJOURS

.

Ecoutez « Mirage » par Mélanie Romain

.
.

Mélanie Romain est auteure, metteur en scène, comédienne et chanteuse du spectacle poétique et musical « Révélations Chimériques » et auteure, compositeure ,interprete de la création musicale « Alter Echo by euterpiaa » et Mirage écoutable sur Bandcamp sur le compte de l’artiste Euterpiaa. Apres des cours d’art dramatiques à paris et au Conservatoire Royal de Bruxelles,elle continue a se produire sur scène à Paris au Théâtre du Temps et au Theatre du Nord Ouest ,elle participe également à pluisieurs mise en scène en tant qu’oeil exterieur dans divers spectacle de théâtre et concerts musicaux comme « la flûte enchantée  » de Mozart de la compagnie « Les planches à musique » elle est ensuite régulièrement publier dans des revues littéraires poétiques telles que » Le capital des mots », « Infusion », »Cabaret » dirigé par Alain Crozier et des revues belges et canadiennes tels que « Corbeau », « Enchantement », « Absinthe », « Nect’Art », elle se produit dans divers scènes ouvertes parisiennes et provinciales (club des poètes,festival « les souffleurs de terre » à Eymoutiers ,le tremplin des Arts dirigé par Yvan Tetelbom,) ainsi que lors de manifestations poétiques internationales à savoir « Rencontre des poetes pour la paix » à la maison de l’Amerique latine à Paris.L’un se ses poèmes « Parricide ou le Lamento du Mendiant  » est retenu lors du concours « l’insurrection poétique » organisé par le Printemps des Poètes
Son FB : https://www.facebook.com/melanie.romain1?ref=br_rs

Florence Noël, choix de textes

avril 24, 2017


souvent l’intente
elle se défend
en se fendant
d’un seul soupir

souvent me tente
et m’y répands
d’un seul désir

ma poésie

*

elle dévore doux
c’est un poison
bu à petits traits
de pourpre

rouge au jouir
pour qui l’épouse

ma poésie

*

c’est mon sang
en habit
de pétales

pour l’odeur
et pour
la convenance

ma poésie

*

elle heurte
la surface plane
du silence
parfois ricoche

brûle d’âme dure
internement
mange son cri

ma poésie

*

belle mais que belle
et c’est un ru
ni torrentueuse
ni majestueuse
rendue aux mers
infime aventureuse
son épopée
a la texture
d’une nervure
ajourée

ma poésie

*

elle ne plaît pas
ses mots rongent
dérangent si peu
l’ordre du vent

elle se femme
ventre de larmes
vase recollé
d’orpailles

simple filigrane
d’une blessure

ma poésie

*

cette petite chose
modelée de cendres et
de désirs
ce reste
coincé en travers de
ma voix
qui troue mon chant
et mes ailes
brusquant la chute
en plein vol

ce n’est qu’une lancinance
une maladie

ma poésie
.
.
.
.

Florence Noël : Née à Ciney (Belgique) en 1973, formation universitaire en Histoire, orientalisme, théologie et didactique, Florence Noël travaille dans l’enseignement. A fait partie du comité de lecture d’Ecrits-vains et des listes de partage littéraire comme Pages libres. A fondé le site littéraire Francopolis, et la revue littéraire « DiptYque ». Collaboration avec des artistes peintres et photographes comme Pierre Gaudu (livre d’artiste « Chardons »). Recueil Pavane pour une Nebbia, aux éditions Encres Vives (collection Encre Blanches) paru en octobre 2015. Nouvelles et poésies publiées en anthologies : Pas d’ici pas d’ailleurs, Les belles palissades, Dedans/dehors (paru en avril 2016). Recueil numérique « Vus des couloirs scéniques » avec Sylvie Durbec aux éditions de la revue Ce Qui Reste en octobre 2016. Deux recueils à paraître en 2017-2018 chez Taillis-Pré et Bleu d’Encre.


Jean-Louis Massot : « Nuages de saison » extraits

avril 24, 2017



Nuages qui venez de loin
Ce que vous avez vu
Était-il si innommable
Que vous êtes vêtus
De deuil

Et gardez le silence ?

.

.

Cet empyrée si bleu
Qui fait chanter les cigales
Et les martinets valser,
Des nappes brumeuses
L’ont peu à peu
Recouvert ;
Et de la pointe des arbres
Qui les touchaient presque,
Les premières feuilles
Ont commencé à se détacher.

.

.

Tous ces Cirrocumulus
Éparpillés
Comme des feuilles de papier
Déchirées en mille morceaux,
Peu à peu
Se rapprochent
Les uns des autres,
S’assemblent, se collent
Pour n’en former qu’un

Et se sentir moins seul.

.

.

Nimbostratus
Qui là-bas
Broyez du noir
Alors que la matinée
S’annonçait belle,
Allez vous épancher ailleurs

Mais sans violence.

.

.

Laissez donc cet avion
S’enfoncer en vous
Comme les doigts d’un enfant
Dans un blanc
Monté en neige.

.

.

Ce Cumulus
En fin de journée
Qui glisse si
Innocemment
Sur les bords de l’horizon
Et s’enfonce peu à peu,
Que cherche-t-il à nous cacher

Qui pourrait nourrir
Nos angoisses.

Photo : Olivia HB


.

.

Hier ce vide,
Juste des restes de Cirrus
Qui s’effilochent,
Des contrails
Déjà délayés,

Et la nuit qui vient déposer

Son silence.

.

.

Jean-Louis Massot est né en 1955 en Ardèche où il passé son enfance et son adolescence. Après avoir exercé divers boulots alimentaires, il vit en Belgique.

Il anime les éditions Les Carnets du Dessert de Lune, maison d’édition indépendante qu’il a créée en 1995 et qui compte plus de 190 titres au catalogue.

Pour commander le livre soit chez l’éditeur : claude.donnay58@gmail.com ou chez l’auteur (si dédicace demandée): dessertlune@gmail.com
Le lien vers le blog des éditions Bleu d’encre : http://bleudencreeditions-revue.over-blog.com/2017/03/jean-louis-massot-nuages-de-saison.html

Photo : Olivia HB

avril 24, 2017

© Cedric Merland

101 poèmes (et quelques) contre le racisme

avril 16, 2017
tags: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Choix et présentation par Francis Combes & Jean-Luc Despax

Sans doute toute poésie est-elle en son fond anti-raciste, dans la mesure où elle est parole partagée, conjugaison du réel le plus singulier et de l’universel, à la fois concrète et abstraite, dans la mesure aussi où elle est toujours, quelle qu’en soit la forme, refus de l’enfermement de l’individu dans ses limites étroites. « Je est un autre » disait Rimbaud et on sait comment l’affirmation de cette altérité des êtres, de cette part d’inconnu qu’ils portent en eux, a ouvert la voie à tout un aspect de la modernité qui a cherché (et cherche toujours) à explorer ces territoires étranges. Mais reconnaître l’autre en soi n’interdit pas (au contraire) de reconnaître soi en l’autre. Car l’autre est aussi un « Je ». Ainsi donc, toute poésie est-elle anti-raciste et on aurait pu à l’appui de cette assertion faire ici un bouquet de poèmes sur des sujets très divers sans sortir du thème pour autant.

Mais il est des moments où les choses les plus évidentes « vont mieux en les disant ». Quand on voit se développer dans notre société la haine de l’autre, la xénophobie, les vieux réflexes qui font qu’impuissant à affronter les causes réelles de la situation on désigne de commodes boucs émissaires, il est compréhensible que de nombreux poètes éprouvent le besoin d’intervenir plus directement. Certes, on ne peut pas demander à la poésie de résoudre les problèmes de la société, mais on ne saurait lui interdire de s’en mêler. La poésie est après tout une forme de la conscience, c’est-à-dire une expression de la pensée et de la sensibilité d’une époque. Or on sait bien que les préjugés racistes ne mettent pas seulement en mouvement des idées, des conceptions, mais aussi des images plus ou moins conscientes et des sentiments. Il est donc normal et nécessaire qu’en la matière la poésie aussi ait voix au chapitre.

C’est pourquoi les éditions Le Temps des Cerises se sont adressées à de nombreux poètes contemporains, en majorité français mais aussi quelques étrangers, pour composer cette anthologie. Elle présente quelques poèmes aujourd’hui « classiques » sur le sujet et une grande majorité de poèmes nouveaux et inédits.

Extrait de la préface de Francis Combes

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disponible ici 101 poèmes (et quelques) contre le racisme

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