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Charlotte MONT-REYNAUD

juillet 23, 2016


Chaque jour #1
CHAQUE JOUR 1
Chaque jour #2
CHAQUE JOUR 2
Chaque jour #3
CHAQUE JOUR 3
Chaque jour #4
CHAQUE JOUR 4
Chaque jour #5
CHAQUE JOUR 5
 


Les recoins
En dégrafant
les branches
de ma mémoire
j’ai enfoui
sous la terre
les dépouilles
et les plaintes
une bouture
s’enracine
sous l’armure
dans la dilution
des heures
la gerçure
du temps
effleure
la splendeur
d’innombrables
reconnaissances

.
.
Embrasée

Derrière nos
bouches grillagées

un foyer de cendres
de repères consumés

de masques usés
jusqu’à la haine

de courses éperdues
perdant haleine

où l’écho des cris
gît encore

.
.
Au couteau

Le plâtre du jour
s’écaillait dans le
silence des heures
Lambeaux d’espoir
saccagés par l’hiver
Lèvres collées de
gerçures muettes
Les nerfs à vif, tu
extrais les copeaux
passes au couteau
l’enduit d’un jour
nouveau pour
colmater les
brèches

.
.
Les heures de glace

Je me perds
et m’épuise
dans les pores
de la nuit

Je peux dire
en silence
la couleur
de l’attente

– Banquise –

Ton souffle
répète à l’envi
l’écrasement
de conscience

D’insondables
impacts criblent
mes fenêtres
nocturnes

Les mots
craquent
sous l’écorce
du murmure

s’encapsulent
sans effleurer
le rivage des
songes

 


Le blog de Charlotte Mont-Raynaud

Isabelle Bonat-Luciani « Quand bien même » extrait

juin 16, 2016

Quand bien même

Si un jour tu ouvres mon portefeuille, tu sauras que j’ai une carte vitale comme presque tout le monde, un vieux permis de conduire avec une photo qui ne me ressemble plus, pleine d’élans, des places de concert que certains ne feront plus parce que la pluie à fini de les effrayer de trop.
Une carte de fidélité d’une librairie où je ne suis allée qu’une seule fois, pendant un séjour de vacances, mais que je garde quand même parce qu’elle s’appelle la Balançoire et que c’était un jour de soleil mais pas trop, des tickets de manège, un carrousel avec des chevaux immobiles qui n’attendent qu’elle qui n’est pas là aujourd’hui et qui grandira un jour, il faut y penser.
Tu sauras que j’ai un enfant, oui, parce qu’il y a une carte « Orchestra » dont je ne me sers jamais parce que j’oublie qu’elle est là et que je n’y vais pas forcément faire l’orchestre.
Tu sauras que j’ai un abonnement à la bibliothèque, que j’achète des trucs à la FNAC, que j’ai une carte des Galeries Lafayette parce qu’un jour je n’ai pas réussi à dire non quand on m’a proposé de la faire, j’ai préféré dire oui à tout pour être tranquille, elle ne me sert à rien.
J’ai des tickets de CB au cas où je fasse mes comptes, un jour où je voudrai savoir à quel point je ne peux plus rien m’offrir.
Tu sauras que je viens d’avoir une carte Nespresso, et quand je vais chercher du café je me demande si c’est vraiment du café qu’ils vendent ou des intouchables.
Tu verras que mon planning de RDV chez le dentiste s’est arrêté en 2010.
Tu sauras que je n’ai jamais encaissé ce chèque de ma mère.
Tu sauras que j’achète mes CD chez le disquaire du coin.
Peut être que tu verras les deux jetons, un rouge, un vert, du caddie.
Peut être qu’il y aura un billet, pas grand non plus et est-ce que tu prendras le temps de lire ce mot que je n’ai jamais adressé et que je garde comme un regret parce que le temps n’est immortel que tant qu’une voix est là pour porter un intime.
Et toi qui liras ce mot
tu ne pourras pas savoir quel est son interstice.

Quand bien même est disponible ici Isabelle Bonat-Luciani « Quand bien même »

 

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Guy ALLIX

juin 16, 2016


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Crashing Dolls – NEST

juin 14, 2016

Paul Rompre : « poésie, sens et fonction »

juin 14, 2016

Poésie, sens et fonction
« Le temps est proche où ce qui sut demeurer
inexplicable pourra seul nous requérir. »
RENÉ CHAR

Il est quelque chose d’intolérable en littérature qui pourrait bien se résumer à la seule affirmation de son existence. Et le mérite de la poésie est peut-être de n’avoir jamais masqué l’aspect singulier et artificiel de sa recherche : d’elle-même la poésie se range du côté des « corps étrangers », se sachant fortement problématique à l’intérieur d’une littérature qui vient de découvrir, à son tour, « qu’elle ne va pas de soi.»

A la question première et essentielle : « Que vient faire la littérature dans le monde ?» se greffe une autre question, sous-jacente à la précédente : «Que vient faire la poésie dans
la littérature ?» Nous parlerons donc de la poésie

… la suite : Paul Rompre « poésie, sens et fonction »

Anthony Phelps au Territoire du Poème le 17 Juin 2016

juin 14, 2016

APTP

Giacomo LEOPARDI « L’amour et la mort »

juin 14, 2016

 

L’AMOUR ET LA MORT.
(Publié en 1836.)Il meurt jeune, celui qui est aimé des dieux.
MENANDRE.

Le destin engendra en même temps l’Amour et la Mort, frère et sœur. Le monde n’a ici-bas rien d’aussi beau non plus que les étoiles. De l’un naît le bien et le plaisir le plus grand qui se trouve sur l’océan de la vie : l’autre anéantit les plus grandes douleurs et les plus grands maux. C’est une belle enfant, douce à voir, non pas telle que se la dépeint la gent couarde ; elle aime souvent à accompagner l’enfant Amour et ils franchissent ensemble la route mortelle ; premières consolations de tout cœur sage. Et jamais cœur ne fut plus sage qu’un cœur frappé d’amour, ni ne méprisa plus profondément la vie misérable. Jamais cœur ne fut prêt à s’exposer au danger comme pour ce maître. Là où tu viens en aide, Amour, naît ou se réveille le courage, et la race humaine devient sage en actions, et non, comme d’ordinaire, en vaines pensées.

Quand nouvellement naît au fond du cœur une amoureuse passion, en même temps qu’elle, dans le cœur languissant et fatigué un désir de mourir se fait sentir. Comment ? je ne sais. Mais tel est le premier effet de l’amour vrai et puissant. Peut-être alors ce désert épouvante-t-il les yeux, peut-être le mortel voit-il que la terre est désormais inhabitable pour lui sans cette félicité nouvelle, unique, infinie que se figure sa pensée : mais pressentant les orages terribles qu’elle fera naître dans son cœur, elle désire le repos, elle désire se réfugier au port pour fuir la cruelle passion, qui déjà, rugissante, obscurcit tout autour de lui.

Puis quand la formidable puissance a tout saisi, quand l’invincible souci foudroie son cœur, que de fois, ô Mort, tu es ardemment implorée par l’amant désolé ! Que de fois, le soir et à l’aube, en étendant son corps fatigué, il se dit qu’il serait heureux si jamais il ne se relevait de là et s’il ne revoyait plus la lumière amère ! Et souvent, au son de la cloche funèbre, aux chants qui conduisent les morts à l’éternel oubli, avec d’ardents soupirs poussés du fond du cœur il envia celui qui s’en va habiter parmi les trépassés. Jusqu’à la plèbe inconnue, jusqu’au villageois ignorant toute vertu qui dérive du savoir, tous sont ainsi. Même la jeune fille timide et réservée, qui d’ordinaire au nom de la mort sent se dresser ses cheveux, ose sur la tombe et les voiles funèbres fixer son regard plein de constance ; elle ose méditer longuement le fer et le poison, et dans son âme ignorante elle comprend la douceur de mourir ; tant la discipline de l’amour incline à la mort. Souvent aussi, la grande souffrance intérieure en vient au point que la force mortelle ne peut la supporter : alors ou le corps frêle cède à ces mouvements terribles et de cette manière la Mort prévaut par le pouvoir de son frère, ou l’Amour mord si profondément que, d’eux-mêmes, le villageois ignorant et la tendre jeune fille rejettent à terre leurs jeunes corps. Le monde rit de ces accidents : que le ciel lui donne paix et vieillesse.

Aux âmes ardentes, heureuses, généreuses, puisse le destin accorder l’un de vous deux, doux seigneurs, amis de l’humaine famille, pouvoirs sans pareils, dans l’immense univers, que dépasse seul le destin, cet autre pouvoir. Et toi que depuis le commencement de mon âge j’honore et j’invoque toujours, belle Mort, toi qui seule au monde as pitié des peines terrestres, si je te célébrai jamais, si je tentai de réparer les outrages faits par le vulgaire à ta divine condition, ne tarde plus, condescends à des prières si rares, ferme à la lumière ces tristes yeux, ô reine du temps ! Quelle que soit l’heure où tu ouvriras tes ailes vers mes prières, tu me trouveras le front haut, armé, luttant contre le destin, ne louant ni ne bénissant, comme c’est l’usage de l’antique bassesse humaine, la main qui me fouette et se teint de mon sang innocent, rejetant de moi toutes ces vaines espérances, avec lesquelles le monde se console comme un enfant, et tout sot encouragement ; n’espérant rien d’autre à aucun temps, si ce n’est toi seule ? n’attendant d’autre jour serein que celui où je pencherai mon visage endormi sur ton sein virginal.

STAN THE FLASHER feat. Lady Arlette « Le Monde Change »

juin 8, 2016

Laurence Bouvet « Comme si dormir » : extraits

juin 8, 2016

Première partie

En allant se coucher
Belle mort beau visage
N’a pas souffert on dit bien reposée
Comme on dirait
Comme si dormir
Comme si c’était possiblement comme
Tamèreest morteta mèreestmorte
Façon serviette enfant trop sage
Belle tenue beau pliage

II

Alors j’ai cinq ans
De la terre jusqu’au ciel
Ai perdu tamère croix de fer je ne mens
Ai perdu mamère s’en est allée bilboquet
Rien ne m’est d’elle qui ne soit moi qui ne soit elle
Ai perdu maman compte jusqu’à trois
Un marteau écrase mille abeilles à mon front les années
A la vie pour la vie j’avais une mère – ne l’ai plus –
Alors j’ai cinq ans
P’tit Jésus si elle meurt je te tue !

III

Pourtant j’étais riche
Rondeurs des bras rondeurs des seins des hanches
Rondeurs des joues
J’avais une mère
Rondes heures de mon enfance
Ce qui de l’épaule sur sa peau fraîche
Ce qui de l’expression insistant
Dans mes veines sang de son sang
Fière du rouge à ses lèvres
Fière de sa beauté zyeux verts

 

Deuxième partie

I

C’est-à-dire que ton rire rit en moi
Que ton sourire sourit en moi
Que ta voix est ma voix
Cette manière d’apothéose
Ce mal je m’y pique d’un seul mot cette démarche
Être ce sablier cette fissure je m’y glisse
C’est-à-dire que tu es ce par quoi du sel
Sur la plaie du désordre de la vitesse
Sur les éléments de ma nature particulière
De l’affolement

II

C’est-à-dire que ton rire rit en moi
Que tes pleurs pleurent en moi
Qu’il a plu d’un ciel sans nuage
Des lambeaux insoupçonnés
Que ton pas ô rythme de mes pas sur cette neige
Ôtant au décor et l’époque et son âge
Les pleins et les creux courant sur ton visage
L’oiseau noir mesure matin borgne
Le dernier de tes soupirs mais la terre délicate
Te prolonge de ses encres déliées

III

C’est-à-dire que ton rire rit en moi
Que ta mort mord en moi
Qu’il est des moments où je voudrais t’imiter
Mais à moins de mourir chacune à mon tour
Celui-ci n’est pas joué
Déjà ton air roulant sur ma peau d’herbe et de vitre
Ton reflet s’y accorderait
Si les lunes pleines des légendes
Et pour vivre ce que vivent les fantômes
Quand se taisent les loups

IV

Car ils se tairont sous mes pas de mousse
Là où le bruissement des sèves baptise la vie
Désirant être plutôt que ne naître pas
Cet arbre je m’y colle
Puis j’avance augmentée du silence végétal
Où les solitudes ne sont pas de celles
Qu’il suffit d’effeuiller
Cette marche je m’y tiens
Non pour l’épreuve mais pour les traces
J’avance courant d’air mais le vent doit m’y pousser

Couv.L.Bouvet2-231x300

« Dehors » Anthologie poétique pour l’association Action Froid

juin 7, 2016


Présentation

(Poésie, fragments)

107 auteurs

Anthologie établie par Christophe Bregaint et Eléonore Jame

Préambule de Xavier Emmanuelli, parrain d’ActionFroid

Ce recueil est un livre sur et pour la rue.

Dans un même élan, nous avons voulu apporter une aide matérielle à l’association ActionFroid – les bénéfices de la vente du recueil lui sont reversés – et proposer une chambre d’écho, un panorama sensible de ce territoire oublié, offrir un espace, une maison de papier en somme, à l’homme déchu, au clochard – celui qui porte à la connaissance de tous que dans tout homme il y a quelque chose qui cloche.
Et quoi de mieux que l’écriture poétique, débarrassée des carcans du langage ordinaire, aux antipodes du commerce verbal et des discours aseptisés, quoi de mieux que cette façon d’habiter la langue comme ouverture, porte d’accès et voie d’exploration. Rien de ce qui est humain n’est étranger au travail poétique et surtout pas la nature boiteuse de l’homme aussi omnipotent qu’impuissant, cet éternel mortel, ce roi-clochard.
Le regard poétique permet de renouer avec l’espace de la relation. Nous l’avons pensé et voulu comme une fraternité réaffirmée dans le corps de la langue.
Bienvenue dehors.

Avant-propos :

Du premier abri à l’habitation pérenne, de l’anfractuosité à la hutte, de la mansarde au château, du tipi au pavillon, du nid végétal à quelques mètres du sol à la panic room la plus sophistiquée, du landau à la chambre d’hôpital, de la case au phalanstère, de tout temps, sous toutes les latitudes, depuis que l’homme est homme, nomade ou sédentaire, il ne peut vivre sans abri, sans repaire. Protection contre les prédateurs et les éléments. Un espace qui accueille l’intime en toute sécurité, un chez soi pour l’en-soi et le pour-soi. Pour loger sommeil, peur, jouissance, souffrances, pour héberger joie, repos, repas, compagnie ou solitude… Rudimentaires ou fortifiés, en roseaux tressés, béton armé, argile, bois, briques, pierres entassées, sur pilotis ou troglodyte, à roues ou à voiles, en blocs de neige, un espace, un toit, un morceau de monde à soi.


« Didier F., 54 ans, sans domicile fixe est mort sur cette place le 21 avril 2016, Paris XVIIe », « Virgil, 45 ans, Pontoise », « Élisabeth, 46 ans, Paris Xe », « Philippe Y., dit Fifi, 57 ans, Saint-Amand-les-Eaux », « Un bébé de trois semaines, Bondy », « Eyas A., 23 ans, Coquelles », « Fatima M., 48 ans, Grenoble », « Louis, dit Pantalon, environ 60 ans, Montreuil », « Un homme, 20 ans environ, Calais », « Claude M., 74 ans, Caen », « Isabelle G., 54 ans, Gréoux-les-Bains », « Saïd R., 50 ans, Talence », « Raoul, 60 ans, Mondeville », petite nécrologie devenue aussi quotidienne qu’ordinaire… Leur dernière demeure n’en est pas une. Pour la plupart, morts en dernière instance de n’en n’avoir plus ou pas eu. Reconnaissons-leur l’ultime décence de s’éclipser en douce, sans bruit. Gloire au défunt, paix à son âme, au suivant.

Mais leur première disparition est sociale. Au cœur de notre fraternité fièrement proclamée sur le fronton de nos publics édifices, en creux est cette tache qui l’interroge peut-être plus que toute autre et que nous pourrions dérouler ainsi : que nous dit de nous cette société qui laisse pêle-mêle et tels des immondices, enfants, vieillards, adultes à la rue ? Qui abandonne à leur sort des corps sans refuge, des âmes sans toit, dans un jour sans fin auquel ne succède qu’une nuit sans repos ? Sous la pluie, le plomb solaire et les déjections ? Les indifférenciés, dépersonnalisés, ton sur ton, rendus au sol, rendus nulle part, d’ici ou d’ailleurs, pas encore morts affirmerait l’examen clinique, mais défunts du corps social, à terre, gris sur gris… Épouvantails sur asphalte, saletés sur saleté, fossoyeurs de mirages, d’illusions tranquillisantes, fossoyés vivants, hommes-choses, chose-personne. Hic et nunc, la fin du chemin.
Multiples ces ombres de la rue, foule solitaire ou en bande, bigarrée et innombrable, multiples ces chaos, petits ou grands, au gré des failles et faillites individuelles, des convulsions économiques et géopolitiques, ces parcours maintenant indiscernables, incompréhensibles qui ont précipité l’échouage.

Et que nous murmurent-elles ces ombres tant craintes ? Que ça emboucane la misère. Quel est ce petit air qu’elles nous sifflent ? Que non, on ne trouve pas à la rue que des Diogène libres et maîtres de leur destin, ou des traîne-savates, désaxés, truands, va-nu-pieds, vagabonds, éclopés, fous, bohémiens, idiots du village, fainéants, gueux, pervers, pouilleux, envahisseurs, profiteurs, alcooliques, toxicomanes, bons à rien…
Qu’on peut finir à la rue comme on dégringole une volée de marches, que dans son équilibre instable le funambule ne tutoie pas toujours les étoiles. Que sous des auspices moins cléments… ou qu’une fortune facétieuse en décide… et nous prendrions place au banquet des indigents.

Le sans-abri, cet oiseau de malheur qui pourrait précipiter notre chute si nous avions l’heur d’un peu trop d’empathie. Se mettre à sa place, c’est déjà la prendre. Prendre le risque d’en être, d’y être. Le désintégré nous impose de regarder en face l’insignifiance et la signifiance du vivre. De notre mortelle condition d’animaux sociaux. « Lui » c’est « nous », et l’on ne peut sentir qu’un sourd sentiment de proximité, comme une compréhension instinctive et bien involontaire. « On » donc. On – homo, tout homme –, pronom indéfini et personnel, lieu de la plus grande imprécision, de la plus grande confusion. Pas de genre, pas de nombre, non identifiable identifié, collectivité indifférenciée dans la dissolution des frontières. On vit dehors, on est à la rue.

La rue nous donne à voir l’immontrable et le pourtant étalé là, devant nos yeux aveuglés par la peur de la contagion et le scandale qu’il représente : le miroir inhumain, grimaçant, en odorama et inversé de nos belles réalisations individuelles et collectives, de notre superbe et vaniteuse modernité. « Ça » nous dit que notre monde est à la rue, que le lien trompété est en quelque sorte un leurre, coquille quasi vide de quatre lettres, ce lien est un rien. Une consonne à demi repliée et le miroir aux alouettes s’arrête net.
Alors ? Désespoir ? Non, des espoirs et des actes. Car, le plus souvent, notre distance n’est qu’un repli provisoire, un renoncement temporaire par sentiment d’impuissance, élan séché devant l’ampleur de ce qui serait à accomplir, devant ces travaux herculéens actualisés : nettoyer les écuries d’Augias, combattre l’hydre de Lerne, bref, venir en aide à tous, à chacun, chaque jour. Espoirs encore, parce que de cette angoisse naissent aussi et surtout la compassion et la solidarité, l’entraide.

Des réponses, et concrètes, fleurissent : l’État n’a pas abandonné sa mission d’assistance, mais quand les pouvoirs publics sont dépassés par le nombre chaque jour plus grand de trébuchants ponctuels, de déclassés confirmés ou de naufragés à vie, les individus se mobilisent, des associations prennent le relais. Parmi elles il en est une : ActionFroid, créée par Laurent Eyzat en plein cœur de la terrible vague de froid de l’hiver 2012.

Le recueil que nous publions aujourd’hui est le fruit arrivé à maturité d’une rencontre. « Une couverture ? un café ? une soupe ? », c’est avec ces mots que les bénévoles de l’association répondent à l’urgence et apportent un peu de chaleur maraude après maraude. « Un poème ? », c’est avec ces mots que Christophe Bregaint, poète et membre de la communauté citoyenne qu’est ActionFroid a sollicité les auteurs que vous allez lire. Qu’ils soient ici remerciés de leur générosité.

Ce recueil est un livre sur et pour la rue. Dans un même élan, nous avons voulu apporter une aide matérielle à l’association – les bénéfices de la vente du recueil lui sont reversés – et proposer une chambre d’écho, un panorama sensible de ce territoire oublié, offrir un es¬¬pace, une maison de papier en somme, à l’homme déchu, au clochard – celui qui porte à la connaissance de tous que dans tout homme il y a quelque chose qui cloche.

Et quoi de mieux que l’écriture poétique, débarrassée des carcans du langage ordinaire, aux antipodes du commerce verbal et des discours aseptisés, quoi de mieux que cette façon d’habiter la langue comme ouverture, porte d’accès et voie d’exploration. Rien de ce qui est humain n’est étranger au travail poétique et surtout pas la nature boiteuse de l’homme aussi omnipotent qu’impuissant, cet éternel mortel, ce roi-clochard.

Le regard poétique permet de renouer avec l’espace de la relation. Nous l’avons pensé et voulu comme une fraternité réaffirmée dans le corps de la langue.
Bienvenue dehors…

Eléonore Jame

Les auteurs de Dehors :

Frédéric Adam, Javed Akhtar, Maram Al-Masri, Isabelle Alentour, Guy Allix, Gabrielle Althen, Philippe Annocque, Nicole Barrière, Jean-Christophe Belleveaux, Anne Bernard, Barbara Bidaud, Isabelle Bonat-Luciani, Pascal Boulanger, Laurence Bouvet, B.P., Paul de Brancion, Sophie Brassart, Christophe Bregaint, Gabrielle Burel, Tom Buron, Carole Carcillo Mesrobian, Séverine Castelant, Odkali de Cayeux, Jay Cee, Anna Maria Celli, Henri Clerc, Francis Combes, Murielle Compère-Demarcy, Roland Cornthwaite, Seyhmus Dagtekin, Hélène Dassavray, Roland Dauxois, Maggy De Coster, Arnaud Delcorte, Hélène Delprat, Olivia Del Proposto, Marie Delvigne, Jean-Luc Despax, Marie-Josée Desvignes, Bruno Doucey, Éric Dubois, Brigitte Dumas, Clotilde Escalle, Christophe Esnault, Estelle Fenzy, Gérald Gardier, Brigitte Giraud, Bernard Giusti, Franz Griers, Cécile A. Holdban, Sabine Huynh, David Jacob, Éléonore Jame, Catherine Jarrett, Gabrielle Jarzynski, Yan Kouton, Jean Le Boël, Perrin Langda, Patricia Laranco, Rodrigue Lavallé,Indira Lebrin, Bertrand Leclair, Fabien Leriche, Jean-Pierre Lesieur, Fabrice Magniez, Maria Maïlat, Hervé Martin, Jean-Luc Maxence, Yannick Merchant-Reinhardt, Emmanuel Merle, Jean Métellus, Ana Minski, Murièle Modély, Charlotte Mont-Reynaud, Lucas Moreno, Emmanuel Moses, Vincent Motard-Avargues, Gérard Mottet, Roland Nadaus, Florence Noël, Kenny Ozier-Lafontaine, Aliénor Oval, Charles Pennequin, Éric Pessan , Francesco Pittau, Éric Poindron, Chantal Portillo, Thierry Radière, Clara Regy, Morgan Riet, Nicolas Rozier, Emmanuel Ruben, Aliénor Samuel-Hervé, Christophe Sanchez,Fabien Sanchez, Anna de Sandre, Richard Taillefer, Francois Teyssandier, Marlène Tissot, Florian Tomasini, Mario Urbanet, Pablo Urquiza, Lorenzo Verdasco, Évelyne Vijaya, Thomas Vinau, Paul Vincensini, Astrid Waliszek.
Couverture : Éric Démélis

Découvrir le recueil ici Dehors recueil sans abris

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