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Gérard Mottet, poèmes

mai 31, 2016

gmotet

************************



Stigmates du seuil inhumés aux confins de l’absence
parole convulsée au for des coquillages énigmatiques
la grande traversée du corps sur l’axe des crépuscules.

N’atteindrai-je que les rives claires sous le solstice des mensonges
or quel signe guidera mes pas ultimes vers les éclipses
là-bas où s’est inscrite la blessure inaugurale.

Sous les arches baroques du rêve y passent des fleuves invisibles
ténébreuse mémoire ô fruit d’oubli des nuits arborescentes
voici que rouge d’avoir trop mûri la lune éclate.

Ô rire qui s’aiguise à l’œil étincelant des louves
souveraine quelle main tient ce glaive ensanglanté de lumière
perçant jusqu’au silence l’écorce des forêts natales.

* * *

(Précédemment paru dans « Petite suite pour ombre et lumière », chez Encres Vives, mars 2016)

******************


Voyageurs du silence
ils ont fait boire à leurs chameaux
des mirages de sources claires.

Portant fardeaux d’absences
une longue caravane de mots
traverse mon désert.

* * *
(Précédemment paru dans « Petite suite pour ombre et lumière », chez Encres Vives, mars 2016)

********************************************



Le vent voudra ce soir peut-être
entrer par ta fenêtre.
Qui peut savoir ? Ne t’enclos pas dans ta maison
ouvre ton âme à la fraîcheur du soir qui tombe
et si ce n’est le vent ce pourrait être
l’une ou l’autre de ces étoiles
du firmament
qui voudra venir se poser
sur le bord de tes yeux
comme une larme.

Le monde est vaste et rien n’est encore achevé.

Demain quand tu iras par les chemins
ne marche pas trop vite et ne fais pas de bruit
écoute les fleurs qui te disent
leur joie ou leur tristesse
qui te parlent de leurs désirs de leurs destins
écoute le silence immense
de la forêt qui t’enveloppe.
Tu n’es pas seul.

Et puis laisse autour de tes pas un peu d’espace
il se peut que des ombres que tu ne vois pas
veuillent chemin faisant te tenir compagnie
et dialoguer tout en secret avec ton âme.

Elles pourraient quelques instants
à ton insu guider tes pas
mais peut-être leur auras-tu toi-même
fait signe de t’accompagner
par peur de n’en pouvoir finir
de ton errance…

Le monde est vaste et les chemins inachevables.

* * *

(Précédemment paru dans « Petite suite pour ombre et lumière », chez Encres Vives, mars 2016)

***************


Faisceau des yeux
visible indivisé par l’ubiquité du visage
image
obsession spéculaire

le soir devenu paupière
effacera
des miroirs trop lucides les phosphènes du jour.

Ici
prendre écailles de lueurs
luth et coquillage anacoluthe

y
recueillir la pyrite occulte des étoiles
et porter masque de lune.

Puis
ne simplement nouer
en cercle
sur la nappe nocturne la trace diverse des choses

que pour
en mémoire à jamais
les clore
par regards inversés.

* * *

Extrait de « Suites pour ombre et lumière 2. Empreintes & résonances », Recueil inédit (2016)

*******************

Taries les fontaines de l’avenir
croupies les eaux dormantes du passé
mirage en ce désert
à nos yeux abusés

y aura-t-il encore quelque part
ici
un peu d’eau frissonnante
à boire

un mince filet d’eau coulant
de la couleur du temps
pour étancher
nos soifs
de vivre
?

* * *

Extrait de « Suites pour ombre et lumière 3. Par les chemins de vie», Recueil inédit (2016)

********************



Depuis longtemps je tourne en rond
traçant autour de moi
inutile circonférence
qui va s’amenuisant de jour en jour

quand le cercle se sera rétréci
pour n’être plus
qu’un point
sans épaisseur

vous aurez mes coordonnées exactes
en x, y
où déposer vos fleurs
en souvenir de moi.

* * *

Extrait de « Suites pour ombre et lumière 3. Par les chemins de vie», Recueil inédit (2016)
Mis en ligne sur Facebook.

*********************

La vie
est un tapis roulant
qui se déroule
en sens inverse sous mes pas

marcher marcher encore
aveuglément
je ne peux pas ne pas marcher
faisant sans cesse du sur-place

car le néant
au moindre arrêt
m’avalerait

et je ne sais toujours pas où je vais
obstinément
faisant sans cesse du sur-place.

* * *

Extrait de « Suites pour ombre et lumière 3. Par les chemins de vie», Recueil inédit (2016)
Mis en ligne sur Facebook.

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NOTICE BIOGRAPHIQUE

Né le 18 mars (comme Mallarmé), en 44 (comme Verlaine), mais un siècle plus tard, Gérard Mottet a vécu plusieurs vies.
De 1962 à 1970, il poursuit des études supérieures sur de multiples fronts : philosophie, psychologie, sociologie, histoire des sciences, s’inscrivant dans la lignée des œuvres et des leçons de G. Bachelard, G. Canguilhem, F. Dagognet, M. Serres, mais aussi J. Wahl et V. Jankélévitch…
Agrégé de philosophie, il consacre l’essentiel de sa carrière à la formation des enseignants, animant au plan national, de 1975 à 1985, le Comité de coor¬dination des Ecoles normales puis le réseau Média-Formation pour le développement des techniques modernes d’éducation. Intervenant tour à tour sur le terrain des Écoles normales, au CNDP, au Ministère de l’Éducation, à l’INRP, enfin au niveau des IUFM, ses actions d’animation et de recherche concernent plus particulièrement le développement de nouvelles approches de la vidéo-formation, à travers les « laboratoires d’essais pédagogiques » (Synthèse dans un ouvrage « La Vidéo-formation » publié chez L’Harmattan en 1997), et le rôle des images dans la construction des démarches scienti¬fiques à l’école (Quatre ouvrages publiés à l’INRP – Série : « Des images pour apprendre les sciences » et une centaine d’heures de vidéogrammes sur les démarches d’apprentissage des élèves).
Poète, écrivant ses premiers poèmes dès l’âge de 14 ans, il ne renoue avec la poésie qu’un demi-siècle plus tard. Il publie Petite suite pour ombre et lumière aux Editions Encres Vives (mars 2016), qui réunit 24 poèmes extraits d’un ensemble inédit de trois recueils (de 80 pages chacun). Il est prévu que d’autres poèmes paraissent en 2016 dans plusieurs revues ou collectifs : 7 à dire, Cahiers de la Rue Ventura, N 47, Comme en Poésie, Coin de Table, Recours au Poème, Collectifs Ecrit(s) du Nord, Dehors, etc.… Il est lauréat du 15e Concours de Poésie Paul Verlaine 2016, organisé à l’occasion de la disparition du poète « de la musique avant toute chose »…

Petite suite pour ombre et lumière est disponible ici http://encresvives.wix.com/michelcosem#!encres-blanches/cx2x

petite suite

Monogrenade: « Ce soir »

mai 31, 2016

Céline ESCOUTELOUP, extraits de « Le soleil dans la bouche »

mai 31, 2016

Dans l’océan brutal

Entrer doucement dans l’océan brutal.

Il est gris, il est blanc, il se tend à la surface, il n’y a personne, juste elle.

Râcler la vase comme l’ancre d’un bateau. S’y faire caresser et lécher par l’eau salée.

Le vouloir déjà pour l’éternité. Les jambes tremblantes. Qui ont froid. La jupe rouge bouffie, ballotée, retournée, et dessous, qui tangue, tout le secret du monde.

Se laisser porter, légère, légère, rafraîchie des pieds au cou, le visage brûlé par le soleil, les yeux verts, blancs, aveugles, déjà ancrés dans le vertige. Se laisser porter, légère, légère…Seule, et avec le monde entier, si seule…

Revenir étourdie vers la rive, toute chaude, se faire plaquer par la vague contre le sable dur. Être allongée sous des voiles d’écume, écarter les jambes, et la vague qui va, qui vient, et en cachette, sentir son océan gonfler, monter, houler, jusqu’à la lune, prêt à se déverser dans le plus grand des océans.

Elle reprend ses espadrilles, la jupe mouillée collée aux fesses, et remonte tranquillement la plage pour regagner la ville.

.

Laver l’air

.
D’un gigantesque jet d’eau, je veux laver tout l’air.
Un grand rideau de pluie chaude déferle sur les corps, le sable, les montagnes,
Ma robe et ton visage.

La terre sursaute.

Un torrent vague à l’âme claque sur nos coronaires.
L’air s’est attendri.

Je porte une grande fontaine de jouvence à la plus haute branche d’une étoile crépusculaire
Je la fais se renverser sur ton front pour ta bénédiction.
L’air est enfin pur : nous nous rencontrons.
Frotté de grosses larmes, l’air est pur et mes mots rouge cramoisi
S’en vont se serrer, puis s’assouplir et mourir noyés sur ta peau mouillée.

 

Toi, tu m’as vue

 

Le regard lointain arrêté dans le temps. Mordre la neige, se hasarder sur le seuil et derrière moi la chambre moite, comme il fait froid, comme il fait chaud.

Ouvrir ta fenêtre hissée sur la pointe des pieds
N’y voir rien y voir fort
N’en rien dire mais crier brillant
Sentir sous soi la jambe entière se dérober

Comme une chaise frêle en bois vieilli
Oser un petit pas de danse avec la terre instable
Les ongles enfoncés dans le verre
Les yeux qui roulent en chantant
La bouche pleine de salive

Fenêtres qui claquent, qui grincent, qui tremblent, trop ouvertes

Mais comment seraient-elles trop ouvertes ?

Toi tu m’as vue. Je ne sais pas mais tu m’as vue. Je ne sais rien, c’est que je mystère mais tu m’as vue, toi. Émerveillé, peur, tu m’as dévisagée d’un coup. Il ne tient plus debout, mon sourire. Que reste-t-il ? Nos deux peaux ? Elles s’aiment à se fendre. Il reste, peut-être, quelques vêtements, un masque vénitien doublé d’un souvenir de vaporetto, comme il fait froid, comme il fait chaud.

.

Ballon rouge

.

Ce gros ballon rouge cramoisi
Dans lequel sont plantées toutes sortes de plumes et d’épines
Que l’on s’envoie au-dessus des grilles

Que l’on lèche à s’en fendre les coeurs
Et parfois
Tout doucement

Que l’on : respire
Gonfle, gonfle, gonfle

Se rétracte

On ne sait jamais s’il passera
Vraiment
Au-dessus
Des pics

S’il : restera
Planté
Là-haut

S’il passera, mais :
En s’écorchant

S’il : explosera en plein air, en déversant tout son sang, ses odeurs et ses caillots sur les têtes

Mais quoi de plus triste que de le garder à terre
Enfermé
Sous les ronces
Dans sa cour de pierre
Plutôt qu’essayer
De le lancer
Dans le ciel
Pour qu’il y soit comme un soleil ?

 

Le noir du bleu du très noir de tes yeux

 

Le noir du bleu du très noir de tes yeux. Me manque. Et ta peau, et ton vide aussi.

Ta douceur, si grande douceur, de tes pas, de ta voix, de tes gestes, comme si tu tenais en toi, pour toujours, un bébé qui dort et qu’il ne faut pas réveiller.

De la pluie, délicate, et toute cette eau qui ne passe pas, ne s’écoule pas, accrochée à son bout de trottoir comme à la vie.

Elle me réconforte et sous mon parapluie, croyant n’être vue de personne, je lance des mots en l’air, en les faisant lourds, d’abord, qu’ils se posent et se déposent, avant de s’envoler.

Les gens me voient, mais je ne les vois pas me voir, c’est tout ce qui compte.

Il y a toujours ces flaques, dont la mienne, et mes pieds sont inondés, même chaussés.

Je suis couverte. Mon infini s’arrête à la toile du parapluie et le ciel, je ne peux que le deviner, sans m’y perdre, et toujours le noir, du bleu, du très noir, de tes yeux.

Assise nue contre le carreau glacial de la baignoire.

J’y pense encore au noir, du bleu, du très noir, de tes yeux.

J’ai allongé la douche, longue, longue, longue, j’ai essayé, de disparaître, et ça n’a pas marché.

Je suis toujours là je le vois bien. On m’avait pourtant qu’au bout du Nil, il y avait…Mais non.

Là, tellement là, contre la fonte, c’est insupportable, encore et toujours bloquée contre ce point à la fin de la phrase.

.

 

Contrepoints

 

Fais-moi voir tes contrepoints de lumière. Je veux les voir se propager comme la chaleur dans le verre. Ce qui t’illumine, ce qui m’irradie, se tient là devant mon âme, coulant entre mes doigts. Elle éclaire mon teint et l’aube de mon regard, ta lumière.

Laissons-la tapisser, sous-jacente, toute ta peau chérie, empêchons-là de jaillir entièrement : pour qu’elle éclaire, encore, toutes, les ouvertures possibles, et que m’apparaisse, en intégralité, la carte de ton cosmos.

Il faut apprivoiser ce feu, fermer les portes et ouvrir les fenêtres.

Je me confectionne une robe de ta lumière. Je la couds serrée. Elle est en dentelle. Je la porterai la nuit entière, sur les toits dans la mer. Je la laisserai, au petit matin, dans les branches d’un arbre, sur un sentier solaire.

Tu me brûles.

CE

 

Sous les verrières

 

Vous savez les verrières

Qui peuvent se rompre

Peut-on hurler au-dessous ?

Tout paradis est en danger.

On joue la vie, on joue la mort, ou bien on regarde au-dehors, les passants, sans faire de bruit, et sans risquer le cri.

Là est la lumière

Aussi fragile qu’un sourire

Là, les bretelles qui tremblent

Hurlez et laissez venir à vous le silence

Prenez le risque que tout le verre vous tombe sur la tête

 

De travers

 

Je suis tombée en pleine rue
Sous le poids d’un moineau
Tombée en pleine rue
Sous le poids
D’une fleur cassée

De la lumière a giclé
Et puis du sang
Et puis : effondrement de confettis

Personne ne l’avait prédit.

Cette seconde où la musique est de travers.
Tout l’univers a trébuché.
Basculé.

On sent la mort et le rire aller
Main dans la main d’un seul mouvement

Et voilà une robe qui se met à tourner
À l’envers

 

 

Le sel qui brûlait les yeux

.
Je compris que son regard, ce n’était pas que le bleu de l’océan.

C’était son calme, sa force, c’était ses vagues, sa perte et sa grandeur, c’était les plages qu’il caressait, c’était ses rocs et la violence avec laquelle il les brisait et se brisait dessus.

Et que j’aimais infiniment : tout ça.

C’était le sel qui me brûlait les yeux. Et puis je frottais. Frottais. Frottais de mes petits poings.

Je compris que dans chaque rouleau d’écume, il y avait un enfant aveugle et rendu sourd prêt à sauter dessus, glisser dessous, rire ou mourir, tandis que ma robe blanche pleine d’eau et de rouge s’éloignait lentement sur le sable, qu’il ne pouvait la retenir, et que du reste, au bord, j’avais laissé : mes sandales, et un bout d’âme dedans.

 

 

Tout tourne autour du soleil

 

Si seulement nous avions accrochées, à chacune de nos chevilles, une fontaine de jouvence

Comme deux alarmes qui diraient le temps qui passe en nous éclaboussant de vie

Si une fraîcheur ultime venait de la terre

Plutôt que cette lourdeur toujours vers la terre

Comment était le silence avant ?

J’ai dans les poches des tas de petits miroirs ronds que je fais voyager d’une bouche à l’autre

Comme ça, je m’assure qu’ils ont toujours, outre le faux, un peu de buée sur le pourtour

Comment était le silence, avant ?

Eclaboussures, éclaboussures, éclaboussures !
Je rêve d’éclaboussures !

La seule chose que j’ai dans les yeux, c’est la mer
Et ce visage d’entre les visages
Rebondissant d’un roc à l’autre
Je crois que j’ai crié

Je vais humer l’air, d’une falaise à l’autre,
Pour savoir. Comment était le silence.

La seule chose que je puisse te répondre
C’est ceci :
Tout tourne autour du soleil.

Ceci, encore :
Tout tourne autour du soleil.

Le dire, encore, encore, autant de fois que tu veux l’entendre :
Tout tourne autour du soleil.

__

Bio- Biblio

.
Céline Escouteloup a publié deux recueils de poésie à ce jour : Le soleil dans la bouche, qui vient de paraître aux éditions Unicité, ainsi que Le ventre vide, aux éditions Kirographaires, en 2012. Elle publie également dans de nombreuses revues telles que Terre à Ciel, Le Capital des mots, Verso, Les Cahiers du Sens, Décharge, Libelle, Flammes Vives, Contre Jour, Poésie/Première, Nouveaux Délits ou encore Les Écrits du Nord, et bientôt Recours au poème, Ce qui Reste et Cabaret. Ses projets actuels se dirigent de plus en plus vers des collaborations, dans lesquelles ses mots dialoguent avec les autres arts.

« Le Soleil dans Bouche » à commander ici : http://www.editions-unicite.fr/auteurs/ESCOUTELOUP-Celine/Le-soleil-dans-la-bouche/

le soleil dans la bouche

Thibault Temperville : « La route solitaire »

mai 29, 2016

Estelle Fenzy deux extraits de « Rouge Vive »

mai 29, 2016


La première fois
elle descendait vers la forêt

Belle comme un enfant
à genoux

sur une tombe

***

Son regard encagé
boomerang
au flanc de la truite

Son sourire rouge
sous mes paupières

cognent

A grands coups
de marteau
sur les murs
de ma peau

(p28 -30)
.
.
.

A l’heure où les talus s’allument
dans le soleil du bas du jour
et ma robe de vent

l’ampleur de mes pas
et de mon évasion

effraie les ombres

***

Je répands des montagnes
de verre brisé derrière moi

(p50-51)

EF RV

.
.



D’autres poèmes d’Estelle FENZY sur Poesiemuziketc :
ICI

Nicolas Comment – « Nous étions Dieu »

mai 27, 2016

« Rivages » anthologie de la Maison de la Poésie de la Drôme

mai 25, 2016

rivagesantho23

rivages pile


A commander
ici


Gilles Rigoulet

mai 25, 2016

Gilles-Rigoulet-Route-8-Tandem-Expo

Jacques Viallebesset « ce qui est épars » extraits

septembre 14, 2015

L’horloge enchantée

.
.
L’horloge enchantée égrène l’instant éternel
Le battement des sens au coeur des mots
Dit la polyphonie baroque de l’univers

.
Le temps suspend son vol a-t-il été gravé
À Midi plein la vie reprend force et vigueur
À l’aplomb du soleil le temps est immobile

Arlequin bariolé aux multiples facettes
Mon destin en voyage a trouvé sa route
Qui monte en spirale vers le point de Minuit.

.

Je suis là

.

Se peut-il que l’on n’arrive jamais
Au seul pays où l’on puisse vivre
Où le pain a la saveur de ton rire
J’ai déjà arpenté cette terre promise
Aujourd’hui j’habite le désespoir
De n’être pas où toi tu te bats
Contre le mal à l’intérieur de toi
Si mes mains ne peuvent être caresses
Qu’au moins mes mots t’atteignent
Te disent que je suis là et te soutiens
Que chacune des cellules de ton être
Sente la force apaisante des miennes
Mon épaule existe pour y poser ta tête
Mon bras se tend pour soutenir tes pas
À quoi bon mon amour s’il ne t’est utile
Il y aura encore je le sais des étés de miel
Nous irons enlacés au devant du soleil
Et j’attiserai le feu ardent de ton rire
Je te parlerai de toi de nous de toi
L’amour sera plus fort que le mal
Tu verras tout recommence et fleurit
Mille et mille matins neufs renaîtront
Où ta voix vibrera aux frissons du vent
Le chemin est long qui nous ramène à nous
Mon espérance est chevillée à ton coeur.

L’alchimie des désirs

Où en suis-je dans ce monde
Où je vis sans lui appartenir
Où en est le chevalier nu
Sous son armure qui erre
À quelques encablures
De je ne sais quel port vide
La dame le diable et la mort
Mènent leur danse macabre
Je chevauche mes chimères

Où irai-je en quel temps
Le vieux monde se dissout
L’oeuvre au noir se mue au rouge
Pour brûler les ailes de la mort
En moi un chaos s’ordonne
Sur le grimoire de l’innocence
Il me faut tout recommencer
Écrire sans fin le palimpseste
D’une vie infinie vouée
À l’alchimie de mes désirs.

Dans cette île

A SL

À l’heure où s’allume le monde
Loin des villes de bruit et de fièvre
Nous irons au milieu du fleuve
Réinventer l’aube de l’enfance
Dans cette île d’herbes et de fleurs
Où se lève le chant de notre destin

Nous écouterons ce que l’océan
Ne dit pas au vent fou de l’esprit
Notre sang est la rosée de l’innocence
Tous nos rêves mènent à cette ile
Où la chair aiguisée au soleil de la joie
Apaise la poussière des coeurs lourds

Loin des bas-fonds du théâtre d’ombre
Nous allumerons le brasier à sa source
En recouvrant la voix vive de l’enfance
Comme des flâneurs de l’autre rive
Revenus des confins de nous-mêmes
Notre vie est plus grande que leur ciel.

.

L’ode à Neige 2
.

Le fil des mots

.
Le fil de mes mots me tient en équilibre
Les bras grands ouverts en guise de balancier
J’écris pour la venue d’un jour couleur d’orange
Nos vies sont balayées par un vent de cendres
Mais je veux boire encore la liqueur des étoiles
J’extrais le réel des archives secrètes du rêve
Pour rendre visible l’infini des possibles
Pour clamer haut les coeurs et bas les masques
Une histoire qui commence court déjà vers sa fin
Éclaireur de la lanterne de vérité
J’écris pour insuffler la vie aux jours vides
Parce que aimer, boire, chanter et puis
Le fil de mes mots me tient en équilibre
Les bras grands ouverts en guise de balancier.

Bio- Biblio

Jacques Viallebesset est né en 1949 en Auvergne où il réside. Pseudonyme d’un éditeur de spiritualité et d’ésotérisme, franc-maçon, il s’est fait connaître comme co-auteur d’un roman La conjuration des vengeurs ( Dervy 2006 ), où il utilise tous les ressorts de l’imaginaire et de la symbolique maçonniques, adapté en bande dessinée sous le titre éponyme en 2010 chez Glénat ; poète, il a déjà publié trois recueils, L’écorce des coeurs, en 2011 et Le pollen des jours en 2014 aux éditions Le nouvel athanor. Son troisième recueil Sous l’étoile de Giono est paru en 2014 aux éditions Alain Gorius/Al Manar. Ses poèmes sont présents dans plusieurs revues et anthologies internationales, dont l’anthologie Poème/Ultime recours parue chez Recours au poème éditeurs. Comme l’indique Paul Vermeulen, dans sa critique du recueil Le pollen des jours : « Il y a une particularité dans cette voix, quelque chose d’unique même dans la poésie française contemporaine : une espèce de métissage entre les présences d’Eluard, les arcanes de certain chemin spirituel, Aragon, ceux qui philosophent par le feu, et l’Amour en forme de « Banquet ». Grâce à son lyrisme initiatique, les mots « usés, trop usés d’avoir trop mal servi », les vocables d’ Hofmannsthal retrouvent la parole pour ré-enchanter un peu le monde. Sous son nom il a été chroniqueur de poésie au Magazine littéraire et chronique régulièrement dans le magazine en ligne Recours au poème.

Il anime, par ailleurs, un blog d’anthologie de poésie : http://www.jacques.viallebesset.scribouilleur.over-blog.com .

« ce qui est épars » à commander ici : http://www.recoursaupoemeediteurs.com/poetes-des-profondeurs/ce-qui-est-pars

Epars

Fabien Sanchez, choix de textes

août 9, 2015

La vieille école

.
Le bruit des écoles,
ces prisons dorées de ma vie
quand j’allais libre,
parmi les enclos
où les héros
et la solitude
apprenaient à se connaître.

Cours et préaux,
à l’abri de ceux
que frôle l’oubli.
Lieux fleuris des chansons dures
où transhumaient
les effluves
de ce qui n’est plus.
Cendres aux parfums secs des garrigues.

J’escalade cette nuit
le mur de mon ancien collège.
Cour déserte,
école buissonnière

de ma vie d’homme,
silence de mes amis évanouis.

Sur un banc de granit
je m’endors
lourd, blessé,
à l’abri
de leurs regards.

Cours et préaux, la nuit,
sont des cimetières
où n’entre pas le fracas
du monde.
Si bien que l’éternité existe
enfin,
comme ça,
pour rien.

Le chemin des écoliers est le seul
que j’aie jamais pris.

.

Trois décennies

Au bord du canal,
sur un banc,
dans le soir d’un mois d’août
gris de pluie,
un livre de Seamus Heaney dans ma veste.
Un poète encore
pour les moments où tout craque et lasse et blesse.
J’en suis toujours au même point.
Cardinal.
À Paris, Barcelone, ou la garrigue du temps jadis.
Une lointaine lueur dans le présent décline.
Je crève d’enfance.

Dans l’empreinte de cette vie
prise au sillage des rêves
et des vérités révélées ou apprises,
d’orient ou d’occident,
je ne retiens que la fatigue
quand je chutais au fond de moi
pour devenir cette mémoire
à mon corps défendu.

.

Sorry for the dust

La poussière jonche mon pas
sur la route du temps
où repose l’évanoui.

Toute ma vie
j’ai vécu
en diagonale

– ma vie d’homme seulement.

Avant cela
j’étais clair et limpide.

Mon sang eau de roche
n’avait pas peur

de travailler mon cœur.

.

Postcard

Les lueurs du jour pointent
leurs langues agiles
à travers les persiennes
de ma fatigue.

La chambre du motel
qu’éclaire le feu
de tes lettres,
comme une vieille légende,
me fige
entre quatre murs
de papier beige.

Ton corps dans mon crâne cercueil
m’entraîne dans
une danse de mort.

Rouge poussière.

Un vent fou mugit dehors.

Je laisse s’échapper
cette âme damnée
qui persifle aux lieux déserts
et roule sur Wilshire Boulevard,
le long des palmiers
de Bundy Drive.

Aucune délivrance
dans le kilométrage.

Le soleil lacéré de nuages
traverse plus sûrement
le ciel américain en fuite
que je ne le fis
sur mon territoire hors sol.

La folle échappée
n’est pas encore finie :
assis dans le siège défoncé
d’une Lincoln
j’envoie Daisy
acheter de quoi grignoter
pendant que je mets
de la monnaie de singe
dans un juke invisible,

écartelé
entre deux continents.

Sur les palmiers de Bundy Drive,
un ciel en fuite
vole ton image.

.

Ensemble

Je vais comme une ombre
sous le soleil.
L’enfance me suit à la trace
qui lève le doigt.

Elle est cette ombre au tableau
sous la lumière de craie
des origines.

Je ne l’interroge pas.

Je ne lui demande pas
qui d’elle ou de moi

un jour

s’effacera.

.

Paris

Enfin bourgeonnent les arbres,
la morsure du soleil
engourdit la rue
comme aux villes chanceuses.

Le café brûle au fond
des tasses et des palais,
les caniveaux ruissellent
d’eaux saumâtres
où se lavent de vieux oiseaux.

L’accent des voix diffère
dans les jardins de misère
où le jeune orient hisse les couleurs.

Des rescapés chantent
pour nous
en de lointaines contrées
où la blessure du ciel
écoule sa beauté.
Car sous le poids des nuages
nous sommes les damnés
qui ne travaillons
pas la terre.

Minuit,
longeant la Seine,

je pense à Javert.

.

Lou Reed

Je me lève et coupe le son de la chaîne.
Je préfère écouter la pluie,
plutôt que les propos
de Caroline, Candy,
Lisa ou Stéphanie.
Je regarde la pochette d’un de tes disques,
comme une vieille photo de lycée.

Berlin.

Les cuites légendaires,
le visage de Marie.
Le claquement de métal de son Zippo,
le sang de ses lèvres,
la volupté poudreuse.

L’ange,
cet homme résigné,
infiltré dans les brumes de l’alcool,
est mon gardien paresseux.

Il me protège
de la joie consommée
par l’ancienne misère
d’un noir delta,
quand Vénus me saignait
aux quatre veines.

Il est trop tard,
en ces temps de malheur,
pour briser d’autres miroirs.

.

Ces poèmes sont extraits de « J’ai glissé sur le monde avec effort » publié aux Editions La Dragonne
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Bibliographie de Fabien Sanchez

Chérie, nous allons gagner ce soir. Nouvelles 2006 éditions La Dragonne
Ceux qui ne sont pas en mer. Nouvelles ­ 2009 éditions La Dragonne
J’ai glissé sur le monde avec effort. Poèmes, 2012 éditions la Dragonne
Le sourire des évadés. Roman, 2014 éditions la dragonne

Le blog de Fabien Sanchez http://sanchezwrting.blogspot.fr/


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