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Sophie BRASSART : « La voix du rêve »

avril 24, 2018

®sophie BRASSART

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Morgan RIET extraits de « Chute de fiel » & « Sang&Diesel »

avril 23, 2018

Préfacé par Vincent Motard-Avargues


Un extrait de « chute de fiel :

Règle du jeu

Tu t’imagines

comme un chien hors
du jeu de qui
renvoie l’ascenseur à qui
vient de lui caresser
la plume
dans le sens du poil.

Tu dis aussi

que tu préférerais
aboyer seul, jusqu’à la fin,
plutôt qu’en fausse
compagnie.

Tudieu !

ce que tu peux couiner
parfois, par dépit,
comme ânerie !
A la niche,

poète !

Un extrait de « Sang&Diesel »

Entrain

Château d’eau, vaches,
champs de blé, bla-bla
du vent, lieux-dits ou non, entrain
matutinal emporté un tantinet,
voire un brin
d’herbe comme roulé,
fumé entre deux trois nuages
par-dessus des rails

d’insécurité jusqu’à
l’illusion d’une course en duel

avec un train.

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Chute de fiel / Sang & Diesel
60 p au format 10 x 20 cm – éd. Gros Textes – 8 € (+ 2 € de forfait de port)
Commande à Gros Textes – Fontfourane – 05380 Châteauroux-les-Alpes
(Il est possible également de le commander directement à l’auteur : 4 rue Cahier de Gerville – 14400 Bayeux)

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Morgan Riet est né à Bayeux où il réside toujours. Parmi ses derniers livres : A fleur de poème* illustré par Matt Mahlen (éd. Donner à voir – 2016), Sous la cognée (éd.Voix Tissées – 2017). Il collabore à de nombreuses revues (Décharge, Friches, Verso, Cairns, Recours au poème, Comme en poésie, Traction-Brabant, Ecrit(s) du Nord, Paysages écrits, les Cahiers de la rue Ventura …) ainsi qu’à quelques recueils collectifs : Arbre(s) (éd. Donner à voir – 2016), Dehors, recueil sans abri (éd. Janus – 2016), Duos – 118 jeunes poètes de langue française né(e)s à partir de 1970 – Anthologie dirigée par Lydia Padellec – Bacchanales N° 59 (Maison de la poésie Rhône-Alpes – 2018)

* Prix Jean-Claude Touzeil 2018

Estelle FENZY, inédits extraits de « Comme si… »

avril 23, 2018

Extraits de « Comme si… », ensemble en cours

Fais
comme si
la passerelle
ne tanguait pas

Imagine
que les chemins
sont pour toi

que
tu peux
t’arrêter
de chercher

**

Fais
comme si
le ciel était
à portée

Imagine
qu’il te reconnait

qu’il
t’accorde
ses trêves

**

Fais
comme si
les poèmes
couraient
les rues

Imagine
que l’un d’eux
trébuche

que ce soit
lui qui t’aide
à te relever

**

Fais
comme si
ma tête
sur ton épaule

Imagine
son poids
si doux

comme si
c’était
pour toujours

**

Fais
comme si
l’oiseau
chantait

Imagine
qu’il soit
content
de l’hiver

qu’il
ne s’occupe plus
des saisons

.

Bio :

Estelle Fenzy est née en janvier 1969. Après avoir vécu près de Lille puis à Brest, elle habite Arles où elle enseigne. Elle écrit depuis 2013, des poèmes et des textes courts.

Dernières publications :

-MERE, éditions La Boucherie Littéraire (juin 2017)
-VIA ARELATENSIS (de pierre et de vent), livre d’artiste avec des peintures de Robert Lobet, éditions La Margeride (février 2017)
-PAR LA, éditions LansKine (mars 2018)

Stéphane BATAILLON : Textes inédits

avril 23, 2018

Dynamique

Il nous faudrait un mot
pour aimer ce silence

En délivrer les ombres
s’assurer de ses joies
parvenir à l’entendre

Espérer qu’à l’appel
il puisse nous submerger.

.

Le gouffre

Pour l’atteindre,
il y a un gouffre à franchir

Un gouffre rempli creux
de choses qui nous hachent
nous mâchonnent
nous coupent menu

Nous tchic tchic tchic
nous tchac tchac tchac
nous broom broom broom

Pour nous disperser
pour nous divertir
pour que nous n’ayons aucune chance

D’atteindre
notre silence.

.

Atomu

Mot après mot
on s’invente un cosmos
qui ne convainc personne

Juste avant le big-bang.

.

Les douaniers

Courir à travers plaine

Échapper aux fenêtres
éclairées des manoirs

Jusqu’à goûter le sel
des larmes du granit.

Serge PRIOUL poèmes extraits de « Faute de preuves »

avril 14, 2018


Les mots d’enfance
Te viennent comme la craie sur le tableau noir
Ils frottent et ripent et claquent comme un point

Merveilles du blanc et noir

Les mots d’enfance ont tout plein
De poussière dans leur traîne

Et de ceux d’aujourd’hui en robe de deuil
Tu n’attends rien
Rien d’autre encore
Que le chant de l’enfance

.

Elle est si simple la place du mot

Un blanc où ne rien mettre d’autre
Un mot de trois lettres
Un de huit
Au-delà
On sera dans la marge

.

Près du bassin
Un SDF dort
Cuite en cuve sans remord
Des hommes déplient des nacelles
Des guirlandes
Des fils des boules et des couleurs
Noël approche

Et dans la ville forêt
Tout n’est que bruit et silence
Et suit la courbe juste
De ton étonnement

.

Tu aimes bien les chiens errants
Quand ils déchirent les sacs poubelles
Aussi rebondies que leurs flancs sont creux

Le regard craintif qu’ils jettent est le même que
Celui de l’homme qui a faim

Il faut bien en face regarder les chiens

Tu aimes les chiens des rues qu’on
Ne rencontre presque plus
Parce que les poubelles ont porté plainte

Une race s’est éteinte
Race errante
De chambre à gaz

Reste les rues les bourgeois les poubelles
Et quelques hommes
On finira bien par tout nettoyer

.

©Les Carnets du Dessert de Lune, 2017

Pour commander « Faute de preuves » : c’est ici

POÉSIE ART DE L’INSURRECTION de Lawrence Ferlinghetti Audiobook

avril 14, 2018

(avec l’aimable autorisation des Edtions MaelstrÖm pour la diffusion)

Pour vous procurer le livre, suivre le lien ci-desous

Poésie Art de l’Insurrection

Fabien SANCHEZ « un train est passé » extrait

avril 14, 2018


Fabien SANCHEZ, extrait de « un train est passé »

Après une balade nocturne dans la garrigue – le vent mettait dans les arbres toutes sortes de rumeurs – nous nous rendîmes chez moi. Je tins absolument à montrer un film à François. Il était aux alentours de vingt-trois heures. La tentation de revoir ce film me prit soudainement. Nous tombâmes nez à nez avec mon père, qui lisait dans le canapé. Ma mère était couchée.
Salut les garçons, dit-il. Tout se passe comme vous voulez ?
Papa, j’aimerais montrer un film à François. Veux-tu le regarder avec nous ?
Pourquoi pas, dit mon père, qui reposa sur le canapé, son exemplaire du Monde diplomatique.
C’est de qui ce film ?
Claude Sautet, dis-je.
Eh bien, soit, dit mon père en serrant la main de François.
La peur que j’avais de mon père m’avait conseillé d’employer la douceur, et à ma grande surprise, son regard d’ordinaire inquisiteur qui avait tendance à arrêter mes mots sur mes lèvres, faisait place à une bienveillance peu coutumière. Je fus surpris par le vouvoiement qu’employa François à son égard, lors même que mon père le tutoyait d’un ton cordial. François prit place aux côtés de mon père, dans le canapé. Derechef, j’introduisis dans le magnétoscope la cassette vhs du film et m’assit dans le fauteuil auprès d’eux. Mon père demanda si l’on souhaitait boire quelque chose. François proposa du bout des lèvres un whisky ; il obtint gain de cause ; moi, je ne voulais rien.
Nous éteignîmes les lumières et regardâmes le film, plongés dans la pénombre, silencieux comme des pierres.
Une histoire simple. Il s’agissait d’une merveille, témoignant une fois de plus de l’immense et singulier cinéaste qu’était Claude Sautet. Romy Schneider prouvait ici qu’elle était la plus émouvante de nos comédiennes. Bruno Cremer et Claude Brasseur étaient très biens eux aussi. Beaux, denses, inspirés. Le montage était en soi une œuvre d’art, élégant et raffiné, la mise en scène était unique en son genre avec ses longues focales, sa narration lente et fluide. Le scénario de Dabadie était complexe et dilué, quotidien comme la vie. La musique de Philippe Sarde envoûtait et berçait. Toute une époque. J’avais six ans quand le film était sorti sur les écrans. Cette façon de faire du cinéma, n’était plus. Et moi je n’étais pas de mon temps. Je me sentais le contemporain de Claude Sautet et de Romy Schneider. Mon cœur battait sa bonne mesure dans le révolu.
La longue focale aussi était une affaire de morale.

©Editions La Dragonne 2018

Parution en Mai 2018



Fabien Sanchez est un écrivain romancier, nouvelliste, poète, né en 1972 à Montpellier, où il vit toujours.
Pour lui, écrire consiste à recoller les morceaux devant l’énigme de ce qui s’est cassé.
Il écrit pour arracher sa part d’ombre à ce que l’ombre a autrefois caché dans son indicible clarté.
Ecrire sur sa vie ne lui appartient pas ; c’est pour ça qu’il le fait.
Il fait sien l’axiome de Paul Auster :
Trop de détails et l’enlisement menaçait. Pas assez de détails et on risquait de ne plus rien voir.

Bibliographie

Bibliographie aux éditions La Dragonne

2006 – Chérie, nous allons gagner ce soir (nouvelles)
2009 – Ceux qui ne sont pas en mer (nouvelles)
2012 – J’ai glissé sur le monde avec effort (poèmes)
(Bourse aide à l’écriture CRL Midi Pyrénées)
2014 – Le sourire des évadés (roman)
(Sélection Goncourt premier roman 2015)
(Bourse découverte CNL 2010)
2018 – Un train est passé (roman)

Bibliographie aux éditions Les carnets du dessert de lune
2016 – Dans le spleen et la mémoire (poèmes)

Bibliographie aux éditions Al Manar
2017 – Jours de gloire (nouvelles)

Bibliographie aux éditions Tarmac

A paraître en 2019 – L’orage innocent (poèmes)

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Son blog : fabien sanchez

DOM CORRIERAS Extraits de « Ad Libitum »

juin 23, 2017

Chocolat

Est-ce que la mort a vraiment goût de chocolat ?
Assise sur un banc en travers des rails,
Je la vois qui tricote des bas de nylon parme
Pour les femmes et les filles que l’on vend
Bon marché à la foire de la Saint-Benoît.
L’autre jour, revenant des champignons,
J’en ai acheté deux. Une jeune et une vieille.
La jeune était bien trop belle,
Je l’ai saignée dans l’évier, mais
J’ai gardé la vieille pour garnir la cheminée.
Avec Papa et Maman, ce soir
On jouera aux cartes.
Et on mangera beaucoup de chocolats.

Maizières-lès-Metz – 2013

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Ce sera grande nuit

Y’aura trois échafauds
Le premier sera bleu
Blanc sera le deuxième
Et le troisième sera rouge

Ce sera grande nuit
Au bout du port
Un arrêt de bus
Marie-Madeleine
Te tapera de deux euros
Pour aller boire du vin blanc
Avec sa bande de mendiants

Ce sera grande nuit
Y’aura une petite église
Et tout là-haut sur son clocher
Une grande pendule toute dorée
Pour toi la lune aussi haut
Que tu l’aimais

Y’aura trois échafauds
Le premier sera bleu
Blanc sera le deuxième
Et le troisième sera rouge

Ce sera grande nuit
Si haut là-haut
Que tu l’aimais
Marie-Madeleine qui te disait
Pour toi si haut là-haut
Trois échafauds
Le premier sera bleu
Blanc sera le deuxième
Et le troisième sera rouge

Ce sera grande nuit
Une grande pendule toute dorée
Toutes les têtes vont tomber
Celles des amants c’est mérité
Si haut là-haut
Que tu l’aimais
La grande nuit
Qui te prenait
Y’aura trois échafauds
Ce sera grande nuit
Au bout du port
Marie-Madeleine
Te tapera de deux euros
Pour aller boire du vin blanc
Avec sa bande de mendiants

Y’aura un arrêt de bus
Une toute petite église
La lune trois échafauds
Le premier sera bleu
Blanc sera le deuxième
Et le troisième sera rouge
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Nice – 2007

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Que dire

Que dire du ciel qui s’éloigne de toi
Ces yeux éparpillés au bord de la terre
La pluie qui les lave est une folle mègère
Elle part traînant ses enfants dans ses linges
Puis les déverse en grappes sur les rails
Où jamais aucun train ne passe
Ni ne passera, sœur-oubliette, ni ne passera.

Ils sont ailleurs les wagons, les repus
Ils engrangent nos misères d’hier
Les plaintes, les coups, les râles
Et dorment immobiles sur des voies de garage
Larves en lourdes gestations, ils pourrissent
Dans la boue argileuse du jour éphémère
Garde tes larmes, frère-miroir, tes larmes pour demain.

De partout nous viennent des chants, des clameurs
Soudaines qui font dresser les ifs à la nuit
On a peur, on écoute en tremblant ces voix
Lointaines qui flottent et disent l’allégresse
D’être sans désir, sans futur, sans souvenirs
Rassembler la paire d’yeux qui te manque
À quoi bon, grande sœur du démon, à quoi bon.

On raconte au cœur moite des forêts
L’histoire de celui qui arpentait les pierres
Qui battait la terre au rythme de son bâton
Lui qui peinait chaque jour à mesurer la lumière
S’obstinait à se taire dans la ruche des villes
Se contentant de prier à l’angle des avenues
Pour que tout s’arrête, frères-enfants, et que respire le vent.

Paris – 2013

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Tu vois je t’écris

Tu vois je t’écris
Il ne fait pas encore nuit
Il ne fait plus tout à fait jour
Aujourd’hui la terre n’a pas tremblé
Mes mains se sont promenées
Dans les vœux sages des arbres
Leurs fleurs venaient-elles du Japon
Chacun voyage à sa façon
Mes murs ont la peau qui mue
D’avant ne reste que la poussière
Et l’image de quelques chiffons
Vite jetés à l’abandon
J’entends toujours cet air de ragtime
Que faisait le train de Vintimille
Et la bouteille de vin dans mon sac
S’impatientait des retrouvailles
La rue glissait d’odieuses caresses
Vers les balcons désertés
Un tour de clé et la lumière s’éteignait
Puis se rallumaient les braises
Jusqu’aux mots de trop
Le ressac comme la vague froide
D’un claquement de porte
À ceux qui chérissent la mer
Je réponds forêts et moissons
Ruines d’enfances blessées
Jouets cachés sous un buisson
Pour que chantent les papillons
À ceux qui craignent l’horizon
Nous offrirons de grands chevaux
Et les jeunes bisons des cavernes
Peints avec le sang en pluie
Du peuple des nuages

Tu vois je t’écris
Il ne fait pas encore jour
Il ne fait plus tout à fait nuit

Maizières-lès-Metz – 2013

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Case 23

«J’ai aboli la per­sis­tance réti­nienne» déclara ce gros naze. Et moi, je l’écou­tais et je pico­lais et je fumais et me grat­tais et mar­quais le rythme de mes pen­sées du talon sur le bar­reau de la chaise en bois blanc du bis­trot des Trois Comè­tes, à l’angle de la rue du Sou­ve­nir et de l’ave­nue des Dou­leurs face au Parc des Sou­pirs. J’avan­çais encore un pion et la son­ne­rie se déclen­cha sur la case 23. Je venais de mar­quer un point déci­sif. Il était pas prêt de s’en remet­tre ce gros con, cet empaffé.
“Les subli­mi­nai­res ont plus d’impor­tance que tu ne le crois, tu sais !”
Il con­ti­nuait son ver­biage d’ahuri et je com­men­çais à me fen­dre la poire.
«En atten­dant, t’as paumé cinq sacs! Per­sis­tance réti­nienne et subli­mi­nai­res con­fon­dus, ça te fait trente sacs de décou­vert. Faut que tu te réveilles, mec», lui dis-je en décro­chant un clin d’œil boo­gie-woo­gie à la petite Sabrina qui nous regar­dait jouer du haut de ces vingt-cinq fois seize ans et demi.
Elle m’envoya un de ces putains de regards char­gés de mouet­tes, d’hiron­del­les et de myria­des de pois­sons-volants écu­mants de lumière, enfin un de ces regards char­gés de bon­heur en tube comme je les aimais. Un regard de gamine, sans pers­pec­tive, sans rien de plus, une œillade comme un caho­te­ment de piano à la The­lo­nius Monk, une gerbe d’étin­cel­les sono­res, un cadeau.
«Au fait, et cette série de por­traits, quand est-ce que tu nous la mon­tres ?», hurla ce grops tas en se tor­dant de rire. Il venait de me bai­ser mon pion. Vlan, tout mon bénef’ bouffé en un clin d’œil. Et merde ! Man­quait plus que ça. Et puis fal­lait que je retourne bos­ser. Série de por­traits, j’t’en fou­trais moi !
«Bon, tu joues ou tu fais du sur­place ?»
Déci­dem­ment il insis­tait… con­nard, triste con­nard. Au moment où je tenais ma toile. Je la voyais. Ce n’était qu’un trait, un seul trait qui cou­rait en dou­ceur du som­met de son chi­gnon noir à ses yeux noirs, à son cou noir sous sa robe noire dans ce ciel noir. Un trait fin comme un che­veu, un trait noir sur fond blanc, une limite, un choix entre le jour et la nuit, une trans­pa­rence, quel­que chose entre for­tuit et cons­truit, quel­que chose d’ano­din et de pur. Un regard de gamine. Mais pas pour toi, gros lard, pas pour toi. Un visage, une appa­ri­tion de cette classe, c’est pas pour ta sale gueule, pen­sais-je en me frot­tant les gonades.
«Per­sis­tance réti­nienne, mon cul ! arrête de me bas­si­ner avec tes éclai­ra­ges facé­tieux, arrête, tu me fais sor­tir des ver­rues.»
Sur ce, je me levais en titu­bant. Délire, para­noïa, schy­zo­phré­nie et salade verte, voilà ce que je pen­sais de tout ça. Juste un peu de béton sur des appa­ren­ces, alors que la petite Sabrina ramas­sait les pions pour ran­ger le jeu et étein­dre ce gros con.
«Tu es sûr que tu ne veux plus jouer ?» dit-elle en se redres­sant vers moi, les reins cam­brés et les yeux aussi et les lèvres alouette et le ven­tre tendu et les plis de son jean qui lui fai­saient des sillons entre les cuis­ses.
«Non, lais­se tom­ber, éteins-moi ce gros naze, il m’énerve avec ses sen­ten­ces à trois bal­les, en plus il m’a bouffé vingt sacs. Tiens, sers-moi plu­tôt un demi avant que je n’offre mon corps à la science !»
«Im­bé­cile, va !» Elle étei­gnit le gros tas qui émit encore deux ou trois bip-bip (fau­drait pen­ser à le chan­ger, ils en fai­saient des vache­ment plus évo­lués main­te­nant) et vint ara­ser la mousse de mon demi en plon­geant ses seins sur l’évier.
Je t’aime Sabrina chan­taient les bul­les dans mon verre… Je me frot­tais l’oreille.
C’est exac­te­ment comme ça que c’est arrivé. Il s’est mis à pleu­voir, la terre a trem­blé, le monde s’est figé, s’est frac­tionné. On a entendu CRAC, puis ZIP, puis SCROUINCH et le jour s’est levé et Sabrina pleu­rait et le train s’est mis à sif­fler et je ren­trais chez-moi en ser­rant mes yeux morts au fond de ma poche. C’est comme ça que tout arrive tou­jours. Tout le monde fout le camp. Avec deux yeux noirs au fond d’une poche et quel­ques miet­tes de tabac, aussi.

Grasse – 2005

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En guise de Bio – Dom Corrieras

1-) Autobiographie publiée en son temps sur le site Danger Poésie

Né au bord des vignes bordelaises, le jour des vendanges d’un millénaire attardé, Dom Corrieras (de son vrai nom, Isidore Paracelse), fut élevé en rase-campagne par une famille de brouettes anticléricales au beau milieu des ovins, porcins, caprins, équidés et autres gallinacés pour lesquels il entretint longtemps un respect et une admiration réciproques. Celui qui (de son vrai nom, Nicéphore Cromagnan) devint plus tard l’auteur de la célèbre recette de la « crêpe d’âme au coulis de ratafia », eut une enfance relativement enfantine, suivant brillamment l’enseignement de ses maîtres, à l’école communale, puis dans les plus prestigieuses universités du « gai savoir » diffusé en abondance par bon nombre d’estaminets de la République Franchouilleuse. Très tôt, on lui apprit à ne pas rouler les « R », à ne pas dire « minmin » pour maman et à marcher au pas… de l’oie… de Gascogne… dont on fait, chacun le sait, les illustres cadets. Manque de pot, celui qui s’appelait en réalité Ernest Sudouest, était l’aîné, autant dire l’ânon. Ceci explique sans doute son goût immodéré pour le lait d’ânesses. Il n’est donc pas étonnant que tous les portraits de lui que la postérité nous a légués (Le Louvre, L’Hermitage, la Tate Gallery, etc.) , le représentent goulûment accroché aux tétons d’une mule. Malheureusement, on perd sa trace entre la seconde moitié de l’ère glaciaire et les tous débuts du « mash potatoes », le mouvement artistique majeur qui reconnut enfin son immense génie de masturbateur frénétique. Adoncques, celui que l’on surnommera plus tard « Le branleur impénitent », mais qui en réalité se nommait Salvavore del Lupo della Steppa, nous laisse une œuvre féconde, faite essentiellement de miasmes nasales ainsi que quelques taches douteuses sur des draps rouges. Aux dernières nouvelles, le quidam en question, Toutou Assamaman, de son vrai blase (on reconnaîtra là l’origine caucasienne, voire « crétinalpestre » de son patronyme), après s’être éperdument épris d’une petite bogue de châtaigne, qui à l’automne venue s’en était trouvée préférer réintégrer l’étagère à confitures plutôt que de continuer à subir d’incessants ramonages de la part de son ânon d’amoureux… donc, disais-je, suite à cet épisode douloureux qui lui fit, au demeurant, écrire ses plus belles pages, telles que : « Ma braguette t’appelle », « Suçons-nous la quenouille », « Au printemps mes boutons explosent vers toi »… donc, donc, donc, celui que l’on identifia plus tard comme l’authentique « , « poète aux chaussures à bascule », mourut dans le bel âge, étouffé de chagrin au fond d’un sac à main de gonzesse, quelque part entre le 45ème parallèle et la rue des Trois Lilas. Depuis silence radio, sauf parfois entre 4h et 6h du matin, une longue plainte au fond du dit sac, vite réprimée à coups de culotte humide… ça fait mal ça !
Alors que dire de plus, sinon cette courte épitaphe sur la toile cirée de sa dernière tombe en date:

« étalon pour les veuves

compagnon pour les tristes ».

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« Ad Libitum » est disponible ici : https://editionsbazartpoetique.wordpress.com/poesie/

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Le Capital des Mots : Eric Dubois, entrevue avec Mélanie Romain

juin 23, 2017

1-Quelle est la ligne éditoriale de votre revue ou le type de poésie que vous éditez? Quelle thématique ou genre littéraire est recherché?

La ligne éditoriale de la revue en ligne Le Capital des Mots c’est avant tout l’inscription dans l’histoire de la littérature, c’est la modernité, la contemporanéité. Je publie les textes qui me plaisent ou que je trouve honorable. Je publie poèmes, récits ou nouvelles, articles critiques ou de fond.

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2-Quels sont les objectifs de la revue depuis sa création?

Avoir de plus en plus de lecteurs assidus et de qualité.

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3-Quelles sont les démarches administratives et/informatiques pour créer une revue littéraire?

Pour une revue en ligne, avoir un ordinateur, une connexion internet, être chez un hébergeur de sites ( pour le Capital des Mots c’est Overblog) , acquérir un nom de domaine, tout cela a un coût. Pour ma part, c’est une passion comme la poésie.

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4-Quel est votre rôle et quelles sont vos tâches quotidiennes pour animer et améliorer au mieux la revue?(fréquences /postes/abonnements revue/ newsletter/fidélisation lecteurs/). -quel est le secret d’une revue littéraire parfaite?

Je suis le seul animateur de cette revue, créée en octobre 2007. Je reçois les contributions de mes contemporains par mail. Je publie plusieurs fois des textes dans la semaine en cours. Le Capital des Mots a 80 abonnés à ce jour et a reçu depuis sa création plus de 145 000 visites uniques pour plus de 319 000 pages vues.

Le secret d’une revue c’est sa longévité, la mienne va avoir dix ans dans quelques mois. Elle est référencée ( depuis 2013 ) et archivée ( depuis quelques années ) à la BNF, avec un numéro de dépôt légal comme pour un périodique ( ISSN 2268-3321 ).

Par ailleurs, et cela depuis 2007 elle est référencée sur le site Ent’revues. Elle est aussi dans la Poéthèque du Printemps des Poètes et sur le site de la MEL ( Maison des Ecrivains et de la Littérature) etc.

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5-Quels sont les moyens de communication et de diffusion mis en place pour créer un réseau de contact autour des revues poétiques?

Les autres blogs et revues en ligne, les revues papier, les auteurs eux-même et leurs réseaux et ça fait beaucoup, vu que j’ai publié des centaines d’auteurs depuis 2007 et des milliers de textes ! Et bien entendu les réseaux sociaux, la presse spécialisée et parfois dans les livres qui ont pour sujet la poésie & les poètes. La revue Le Capital des Mots est référencée dans un livre de Françoise Siri paru en 2015 « Le panorama des poètes » aux éditions Lemieux.

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6-Quelles sont les principales qualités humaines et intellectuelles à développer pour animer une revue littéraire?

De l’humanité, de l’empathie, de l’énergie et un sens des relations sociales et amicales. Et son propre talent de littérateur et pour ma part d’auteur et de poète.

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7- Participez vous à des activités littéraires hors de votre revue , ex:
-Salon du livre et de la revue littéraire
-manifestation poétique
-concours poesie
-marche de la poesie
-festival poetique


Oui en tant qu’auteur, poète. Je publie des poèmes en revues depuis 1995, dans des anthologies depuis 2004 et je publie des livres de poésie depuis 2001. Je suis, je pense, connu dans le milieu poétique en tant qu’auteur et « passeur ».

Je fais des lectures, participe à des festivals etc.

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Quels sont les moyens mis en œuvre pour faire connaître votre revue? comment et ou?

J’ai répondu à votre question. Mon réseau. Ma « notoriété ».

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8) Quel est la différence entre une revue littéraire papier et une revue numérique? Faut- il aujourd’hui associer le papier et le numérique pour créer une revue active , comment procéder? Quels outils utiliser?

Je ne sais pas. Je suis avant tout blogueur. De plus j’ai créé avec Marie Volta ,une association loi 1901 « Le Capital des Mots » en 2015, nous sommes un collectif de poètes et artistes et nous faisons des spectacles de poésie/chanson , des lectures publiques. Notre association a pour but de promouvoir la poésie dans les médias, le web , les bibliothèques, les salles de spectacle etc.

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9) Est -il nécessaire de respecter un planning type ou quotidien de la revue , y a t -il certaines périodes ou dates , ou moments de l’année pour entreprendre des événements littéraires (ex: saisons? semaine, week end? vacances? … ) .
-Faut il animer une revue littéraire seul ou à plusieurs? combien de personnes au maximum?


Le Capital des Mots paraît de manière aléatoire. Je suis seul à la manoeuvre. Pour l’instant, ça va.

10-La revue peut-elle réunir des artistes d’autres horizons que la poésie , ex: -photographie, peinture , sculpture, gravure, musique?

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Le Capital des Mots fait appel à tous les artistes. C’est une revue culturelle.

11-Faites-vous encore régulièrement des appels à textes ? quand? A quelle adresse envoyer les poésies?

Oui. Il faut m’envoyer les textes par mail ( poèmes, nouvelles, articles en fichier Word ou .doc + 1 brève notice biobibliographique + 1 photo de vous – portrait ou autre) le tout adressé en pièces jointes à barbatux@yahoo.fr

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Le Capital des Mots c’est ici : http://www.le-capital-des-mots.fr/

Cédric Merland : Choix de textes

juin 23, 2017

peut-être l’océan
après tout
les heures perdues dans
l’absence de soi
le regard inachevé

***

comme des heures incomplètes
se joindre aux images
aux parfums
à tous les visages croisés
retrouver
son enfance
peut-être

***

dans la rue des heures
plus tard
malgré le soleil le silence
se perdre et aimer
toutes ces choses
qui ne durent pas

***

bien sûr son visage
dans le miroir
le feu de la cigarette
qu’elle porte à ses
lèvres

retourner au silence

***

à ses heures perdues
il lui arrive de
prendre le train
jusqu’à l’océan
échapper au silence
sourire
un peu

Cédric Merland, extraits de À ses heures perdues (manuscrit en cours)

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