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Jean Cocteau, poèmes

octobre 26, 2012

Hélas ! vais-je à présent me plaindre

Hélas ! vais-je à présent me plaindre dans ces stances,
Et voir, près de Charon,
La mort, indifférente à telles circonstances,
Qui la décideront.

Elle vit. Elle attend. Ce n’est pas dans son rôle,
De choisir notre port.
Ce détail est pour elle un simple coup d’épaule
Que lui donne le sort.

Rien ne sert de prier cette vieille statue,
De savoir ses desseins ;
Car ce n’est pas la mort elle-même qui tue,
Elle a ses assassins.
.
.
.

Batterie

Soleil, je t’adore comme les sauvages,
à plat ventre sur le rivage.

Soleil, tu vernis tes chromos,
tes paniers de fruits, tes animaux.

Fais-moi le corps tanné, salé ;
fais ma grande douleur s’en aller.

Le nègre, dont brillent les dents,
est noir dehors, rose dedans.

Moi je suis noir dedans et rose
dehors, fais la métamorphose.

Change-moi d’odeur, de couleur,
comme tu as changé Hyacinthe en fleur.

Fais braire la cigale en haut du pin,
fais-moi sentir le four à pain.

L’arbre à midi rempli de nuit
la répand le soir à côté de lui.

Fais-moi répandre mes mauvais rêves,
soleil, boa d’Adam et d’Eve.

Fais-moi un peu m’habituer,
à ce que mon pauvre ami Jean soit tué.

Loterie, étage tes lots
de vases, de boules, de couteaux.

Tu déballes ta pacotille
sur les fauves, sur les Antilles.

Chez nous, sors ce que tu as de mieux,
pour ne pas abîmer nos yeux.

Baraque de la Goulue, manège
en velours, en miroirs, en arpèges.

Arrache mon mal, tire fort,
charlatan au carrosse d’or.

Ce que j’ai chaud ! C’est qu’il est midi.
Je ne sais plus bien ce que je dis.

Je n’ai plus mon ombre autour de moi
soleil ! ménagerie des mois.

Soleil, Buffalo Bill, Barnum,
tu grises mieux que l’opium.

Tu es un clown, un toréador,
tu as des chaînes de montre en or.

Tu es un nègre bleu qui boxe
les équateurs, les équinoxes.

Soleil, je supporte tes coups ;
tes gros coups de poing sur mon cou.

C’est encore toi que je préfère,
soleil, délicieux enfer.
.
.
.

Réveil

Bouche grave des lions
Sourire sinueux des jeunes crocodiles
Au fil d’eau du
fleuve charriant des millions
Iles d’épices

Qu’il est beau le fils
de la reine veuve
et du matelot

Le joli matelot délaisse une sirène
Sa plainte de veuve
au sud de l’îlot

C’est la diane dans la cour de la caserne
Rêve trop court
Aube lanternes mal éteintes

Nous nous réveillons
Fanfare en haillons!
.
.
.

École de guerre

.
Que la vie est ennuyeuse
à cinq heures et demie
de ce petit matin en berne

Les dianes contagieuses
se propagent dans les casernes
comme une douce épidémie

Dieu que ce coq de cuivre est triste
l’ange cycliste
sort de la crèche
pour envoyer mille dépêches

La pauvre Diane s’enroue
dans cette énorme bâtiment
Réveillez-vous frileusement
voyageurs de la Grande Roue
.
.
.

Biplan le matin

.
Le bruit de l’aéro se fane à la descente
La voix du ciel nouveau, toupie
O Orion module
Dans le matin chargé d’émotion de vivre
Ma cour sonore
Le bruit profond des seaux remués dans la cour
Un chien qui joue
L’archange aux ailes solides va chez la Vierge Marie
Aux environs de Paris
Foule Une brume violette Il fait beau
Le général
PICON BYRRH PETIT JOURNAL
La Seine coule et désaltère
Les pont frais comme des tombeaux

Et haut et haut lève la tête
Un orgue dans le Paradis
.
.
.

Fumée

C’est permis de fumer. Gare
L’Écuyère de Médrano
quand tu fumes ton cigare
Saute à travers les anneaux.
.
.
.

Fête de Montmartre

Ne vous balancez pas si fort
Le ciel est à tout le monde
Marin d’eau douce la nuit profonde
Se moque de vos ancres d’or
Et boit debout en silence
Comme du papier buvard
Votre dos bleu qui encense
Puissamment le boulevard.
.
.
.


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